‹ Les ailes rouges de la guerre, poèmesChapitre 2 sur 23 · AU REICHSTAG · texte numérisé non relu

AU REICHSTAG

On affirmait:

« Partout où les cités de vapeurs s'enveloppent, Où l'homme dans l'effort s'exerce et se complaît Bat le cœur fraternel d'une plus haute Europe.

De la Sambre à la Ruhr, de la Ruhr à l'Oural Et d'Allemagne en France et de France en Espagne L'ample entente disperse un long souffle auroral Qui va de ville en plaine et de plaine en montagne.

l8 LES AILES ROUGES DK LA GUERHE

Ici le charbon fume et là-bas l'acier bout ; Le travail y est sombre et la peine y est rude, Mais des tribuns sont là dont le torse est debout Et dont le verbe éclaire au front les multitudes.

Aux soirs d'émeute brusque et de battant tocsin, Quand se forme et grandit la révolte brutale Pour qu'en soient imposés les vœux et les desseins, Leurs gestes fulgurants domptent les capitales.

Ils maîtrisent les Parlements astucieux Grâce à leur force franche, ardente et réfractaire ; Ils ont le peuple immense et rouge derrière eux Et leur grondant pouvoir est fait de son tonnerre.

Leurs noms sont lumineux de pays en pays. Dans les foyers où l'homme et la femme travaillent, Où la fille est la servante des plus petits, Leur image à deux sous s'épingle à la muraille.

AU REIGHSTAG I Q;

On les aime : ne sont-ils point simples et droits Avec la pitié grande en leur âme profonde ? Et quand s'étend en sa totale ampleur leur voix, Ne couvre-t-elle point de sa clameur le monde? »

Et Ton disait encor :

« Eux seuls tissent les rets où sera pris le sort : Qu'un roi hérisse un jour de ses armes la terre, Leur ligue contre lui arrêtera la guerre. »

Ainsi S'abolissait l'effroi, le trouble et le souci Et s'exaltait la foi dans la concorde ardente. La paix régnait déjà normale et évidente Comme un déroulement de jours, de mo;s et d'ans. On se sentait heureux de vivre en un tel temps Où tout semblait meilleur au monde ; où les génies Juraient de nous doter d'une neuve harmonie; Où l'homme allait vers l'homme et cherchait dans ses jeux On ne sait quoi de grand qui l'égalait aux dieux,

Quand se fendit soudain — en quelle heure angoissée ! Cette tour où le rêve étageait la pensée.

Ce fut en août, là-bas, au Reichstag, à Berlin, Que ceux en qui le monde avait mis sa foi folle Se turent quand sonna la mauvaise parole. Un nuage passa sur le front du destin. Eux qui l'avaient proscrite accueillirent la guerre. La vieille mort casquée, atroce, autoritaire Sortit de sa caserne avec son linceul blanc Pour en traîner l'horreur sur les pajs sanglants. Son ombre s'allongea sur les villes en flammes. Le monde se fit honte et tua la grande Ame Qu'il se faisait avec ferveur pour qu'elle soit,

Un jour, l'âme du droit Devant l'audace inique et la force funeste. Aux ennemi» dont tue et ravage le geste Il fallut opposer un cœur qui les déteste. On s'acharna ensemble à se haïr soudain. Le clair passé glissa au ténébreux demain.

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