CONCLUSIONS
Pour amener cette étude à bonne fin et atteindre le but que nous nous sommes proposé, après les conclusions particulières qui terminent chacun des chapitres précédents^ il nous reste à formuler les solutions générales que Ton en doit tirer aux points de vue de l'histoire, de la science et de la politique. Le lecteur peut déjà les pressentir.
Au point de vue de Y histoire, les faits que nous avons exposés, en suivant pas à pas les témoins les plus autorisés et les plus dignes de créance, parlent d'eux-mêmes avec une éloquence au-dessus de tout commentaire. Seulement, il faut faire la part de ceux dont l'apparence empreinte de mystères réclame un contrôle plus rigoureux, une démonstration plus complète. L'élément merveilleux demande un plus grand jour. Savants et voyageurs qui avez la fortane d'assister à de pareils spectacles, levez tous les doutes, s'il se peut. Défiez- vous des mirages de la crédulité, dénoncez les supercheries de la maur vaise foi. C'est votre devoir, c'est notre vœu, ce sera le profit de la vérité. Mais, en attendant des révélations nouvelles, il ne sied pas de rejeter systématiquement et avec dérision
les témoignages acquis* « L'homme qui ne croirait que ce qu'il a vu descendrait au rang des brutes ; et sans le témoignage, nous n'aurions ni science, ni histoire^ni religion (1).» Qui ita non crédit ^ pecus est (2).
Au point de vue de la science, c'est une nécessité, aujourd'hui, de protester énergiquement contre les préjugés qui dictent son abstention et, par là^ paralysent son essor dans une foule de questions qui intéressent la société; et nous pensons qu'il est urgent de substituer, partout où faire se peut, ses décisions légitimes aux sentences le plus souvent erronées de l'opinion vulgaire. Ajoutons, pour ce qui nous concerne, que tout ce qui touche aux entrailles de l'humanité ne saurait être indifférent au médecin^ et que ce ministre de la nature risque fort d'abdiquer son rang et de perdre son crédit lorsqu'il hésite à prendre la parole en de telles questions.
L'esprit moderne, toutefois, suit d'autres errements en alléguant d'autres scrupules. Campé dans le monde physique, la matière est l'unique théâtre de sa prédilection. Le microscope et le scalpel, la pile et les réactifs suffisent à ses besoins ; et l'industrie ,est son culte. Absorbés par l'observation de la matière et de ses lois, les savants contemporains perdent facilement de vue l'étude de la vie et de ses manifestations. Comme les buffles des marais Pontins, c'est à peine s'ils jettent un regard étonné et distrait sur les rares voyageurs engagés dans ces parages. Et le physiologiste discret, jaloux de ne pas troubler l'harmonie des choses et la paix des gens, doit
(1) Db Gasparin.
(2) AcL S. Cecil.
avoir grand soin, en étudiant le mécanisme de l'économie vivante, de montrer l'identité de ses actes avec les phénomèties de la nature morte. 11 doit s'efforcer de prouver que le spiritualisme n'est qu'une chimère, une illusion d'optique et que la matière peut penser, et que le cerveau pense comme l'estomac digère (1). Alors tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais survienne^ par aventure, quelque téméraire novateur, qui cherche à prendre son essor vers les confins du monde psychique ! S'il ne crainl pas d'aborder les problèmes de la nature et de l'origine de Thomme; sMl a l'audace de montrer que la matière ne suffit pas à donner la naissance et la forme à la vie; si surtout il va jusqu'à dévoiler le rôlequel'âme, — ce souffle de Dieu? — est appelée à jouer non-seulement dans la sphère animale, mais encore dans la sphère purement organique, dans ce cas, l'aréopage des géomètres, des astronomes et des chimistes, qui tient les sommets et les rênes de la science, n'aura pas assez de dédains pour de pareilles rêveries.
Et cependant ces prétendues rêveries touchent encore à des problèmes qui sont du véritable ressort des sciences naturelles. Mais quel scandale en notre temps, si l'on se permet d'effleurer la moindre question du domaine surnaturel ! Décrété de mysticisme parles hauts desservants de la cornue, l'infortuné rêveur de tout à l'heure est menacé des Petites- Maisons.
Il y a là plus d'un malentendu. Le mysticisme, <* qu'on pourrait appeler aussi la philosophie du sentiment, à cause de l'autorité prépondérante qu'il attribue à la sensibilité dans la direction de l'esprit humain, » n'est autre chose qu'un système philosophique j qui fait découler — d'une faculté de Tesprit, essentiellement mobile, individuelle, sans règle,
(i) Voy. l'excellent article, la Comédie philosophique, de M. Dubosc de Pesquidoux, dans la Revue catholique, mars et avril 1862.
I^eiiie de préjugés et de fantaisie^ — a la source de la connaissance, le principe de la certitude et la règle de nos jugements dans Tordre des vérités religieuses et morales (1). y> L'abus du sentiment pris pour guide dans la recherche de la vérité, c'est-à-dire le biystigismb, doit être distingué avec soin, — malgré la ressemblance des expressions, — de la mystique^ science qui s'occupe des faits surhumains, exceptionnels sans doute, mais qui reposant sur le témoignage, et dont les caractères sont déterminés.
La vérité est que les semences du xvm' siècle germent à peu près partout aujourd'hui, malgré le retour salutaire qui s'annonce, pour consommer la séparation violente entre Tes-^ prit et la matière — dans le domaine des théories comme dans celui des faits» dans les empires comme dans les sciences. C'est la mort proprement dite, d'après une juste remarque Mais telle est Thorreur que l'on a réussi à inoculer à notre génération pour le spiritualisme que la science officielle, au lieu de profiter de ses enseignements» s'empresse, à son apparition, de fermer les yeux et de se sauver à toutes jambes devant ce Croquemitaine dont elle a si grandement peur (2). Aussi quelles fins de non-recevoir ridicules, quelles réfutations misérables, quelle impuissance radicale, en un mot, en face de la plupart des questions nouvelles que le public, par un reste dliabitude^ défère encore au tribunal des académies! Et pour citer un exemple récent et mémorable, que de déceptions à roccasion de l'hypnotisme ! Quand la science académique donne sa démission et dépose son bilan, c'en est fait de son crédit.
(1) Du mysticiime en phibiophiej par Fabbé Thomas. (Revue du monde catholiquey t. II, 25 février 1862.)
(2) « Avec Tâme, » — dit le savant doyen de la Faculté des lettres de LyoD, M. BouiLLiER (Du principe vital et de l'âme pensante, 1862, p. 44), — « avec l'âme, la force vitale elle-même, à moins qu'on ne proteste que c'est un mot sur lequel on n'entend absolument rien, est aussi en suspicion devant une asgemblée (T Académie de médecine) qui semble décidée à ne rien admettre au delà des profnîétés inhérentes à la matière organisée... »
Composé à la fois d'une âme qui le relie à l'empire des esprits et d'un corps qui est le véritable couronnement des trois règnes du monde sensible^ l'homme, sous l'impulsion du souffle divin qui l'anime, est soumis ici-bas à la trinité des lois de la matière^ de la vie et de la pensée. Sans appartenir exclusivement au monde des corps ou au monde des esprits, tout en vivant de sa vie propre, il vit de leur double existence.
Par conséquent, la science complète de Thomme touche par ses racines aux sciences physiques, et son sommet, qui embrasse la psychologie^ touche aux domaines de la théologie elle-même. Son autonomie distincte ne Fempêche pas de demander à ces sciences les lumières qui lui peuvent manquer.
Et même sans empiéter plus que de raison sur d'autres terrains, sans prétendre, le moins du monde, à guider, par exemple, la théologie dans le champ commun de leurs investigations, ne peut-on pas dire que Tanthropologie a le droit d'intervenir dans une certaine mesure au classement et à la détermination de quelques faits exceptionnels touchant l'humanité et qui ne cessent pas de Tintéresser, malgré leur nature véritablement mystique?
Il faut s'expliquer pourtant là dessus.
En effet, dans la sphère surnaturelle, on trouve deux ordres de phénomènes : le premier comprend les faits dont Texplication ne peut être justifiée que par l'intervention d'une puissance spirituelle supérieure, et qui se manifestent par des caractères d'une physionomie propre, sans analogie dans les évolutions de la nature; le second embrasse les faits dont les analogies se rencontrent dans Tordre naturel et qui ont pour support les phénomènes normaux dont ils ne sont que les dérogations.
Or, la science ne doit pas rejeter, sans exception, comme elle la fait jusqu'ici, Tensemble des faits mystiques. Il lui sied, au contraire, d'aider à la distinction des deux catégories
qui les embrassent : distinction difficile, sans doute, mais qu'il lui sera donné d'atteindre, non sans quelques profits. Si^ en effet, elle est obligée de se borner à reconnaître et à classer les faits du premier ordre, elle est appelée à tenter l'explication des phénomènes qui composent le second.
Ârrétons-nous un instant à ce dernier. De même que la théorie des monstruosités, dans les deux règnes de la vie, a pour point de départ la conformation harmonique des organes arrêtés dans leur libre développement; de même que dans l'analyse des maladies, les actes pathologiques ont pour condition les actes physiologiques dont ils ne sont que les déviations-, ainsi les phénomènes normaux sont la base des manifestations anormales qui constituent Tessence de la mystique dite naturelle.
Et pour mentionner seulement quelques exemples, l'extase surnaturelle n'a-t-elle pas son fondement et ses analogies dans l'extase ordinaire? Les vagues pressentiments, les prévisions instinctives, les sympathies et les répulsions aveugles, non-seulement pour tels ou tels individus de la famille humaine, mais encore pour de simples métaux et d'autres corps bruts de la nature, Tinsensibilité dans l'état d'exaltation et de fureur, et peut-être, dans cet état, l'immunité contre les agents toxiques et les venins, la domination de l'homme sur l'homme et sur les autres créatures, la fascination opérée par certaines espèces d'animaux, les influences magnétiques diverses, etc., tous ces exemples n'indiquent-ils pas les bases naturelles des phénomènes analogues de Tordre vraiment surnaturel?
Il est inutile d'entrer plus avant dans les développements de cette thèse. Il suffit à notre but de laisser entrevoir tout le parti que la science peut tirer d'une pareille étude, même au seul point de vue de l'observation des lois purement naturelles de l'espèce humaine. Ce serait à la physiologie à nous apprendre comment l'exaltation amène l'insensibilité; quels
rapports existent entre la fureur et les prévisions des sibylles antiques ; de quelle manière s'établit la domination de Thomme sur ses semblables ou sur les animaux; à quelles conditions il faut rapporter le charme naturel des serpents : toutes questions qui n'étaient pas étrangères aux encyclopédistes du moyen âge et aux Pères de TËglise, dont les savants modernes ignorent, à peu de chose près, le premier mot.
Encore une fois, il importe donc que l'anthropologie reprenne avec autorité possession de tous les faits de sa juridiction, de quelque côté qu'ils lui viennent, quelque décision qu'ils lui apportent. Combien d'étincelles pourront jaillir un jour de ces rapprochements! Quels horizons nouveaux et agrandis! Que de phénomènes dont les apparences merveilleuses recevront de naturelles solutions! Que de secrets Thomme pourra dérober à cette étude particulière de la nature pour l'asservir davantage à sa domination ! Mais encore faut-il avoir, au moins, le courage de regarder en face les faits qui rompent en visière à nos théories.
Dans l'analyse des faits et gestes des Aïssaoua, nous avons dû chercher, autant que possible, à faire rentrer dans le giron de la physiologie la plus grande partie des pratiques de cette secte mystérieuse. La science devait aller à son but et faire son œuvre ; c'est pourquoi nous avons cherché avant tout les voies et les solutions naturelles.
Mais nous n'avons point abandonné, comme indignes d'intérêt, les faits que leur nature mystique place, dans une certaine mesure, à l'abri des ordinaires investigations.
Parmi ces faits, il nous a été possible d'éclairer encore des lueurs de la science ceux qui sont fondés sur une base naturelle.- Ainsi nous avons cherché, en particulier, à déterminer Tanalogie que présentent, d'une part, l'initiation des sectaires avec l'entraînement, et d'autre part, la perturbation nerveuse opérée par l'ivresse alcoolique avec celle que détermine une
Tiolente exaltation morale; et delà même manière que celle-là paraît être une condition d'antagonisme et d' antipathie relativement aux venins» il nous a semblé que celle-ci pouvait peut-être, par analogie, développer accidentellement la même immunité.
Enfin, des témoins dignes de foi ont révélé, à propos de la même secte, des phénomènes, dont la réalité, — si elle est maintenue hors de doute, — atteste la portée vraiment surnaturelle. Tels sont, par exemple, le pouvoir de sauter, pieds nus, sur des lames acérées sans en recevoir de dommage; celui de faire disparaître en un instant et, à vrai dire, comme par enchantement, les traces — d'une brûlure dont la fumée du corps incandescent n'est pas encore éteinte, — ou d'une blessure dont le sang vient à peine de jaillir. Quant à ces derniers faits^ qui supposent une intervention supérieure, dont la source provient, non du monde de la lumière, mais de celui des ténèbres, — il nous convenait de les reconnaître pour les classer.
Entre les deux sources, le doute n'est pas possible. Sans doute, parmi les dons conférés aux apôtres du Christ, il leur fut aussi donné le pouvoir de manier les serpents et de boire tout poison mortel sans en éprouver aucun mal (l).Les deux pôles opposés^du monde surnaturel peuvent accomplir les mêmes prodiges. Mais la distinction est toujours facile et la déclaration d'ailleurs rarement ambiguë. Et il ne faut pas oublier (2) que si les magiciens de Pharaon couvraient par leurs enchantements, incantationibus suis^ toute l'Egypte de grenouilles et changeaient leurs propres verges en serpents, prodiges qui semblaient balancer les miracles de Moïse ; cependant ces magiciens eux-mêmes finirent par s'avouer vaincus et s'inclinèrent en disant : Digitus Dei hic est (3).
(1) a Ils manieront les serpents, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, ils n'en éprouveront aucun mal. » (Évangile de F Ascension.)
(2) M. E. DE MiRViLLE. Loc. dt, —(3) Exode^ ch. vu.
GONCLUSIC^S GÉNÉRALES. 91
Ainsi nous avons été jusqu'au bout, la sonde à la maîn^ à travers les écueils de ces parages mystiques. Si, dans Tétat actuel de nos connaissances, il n'est pas possible d'en rapporter des solutions définitives, au moins la route est frayée; l'intérêt de la science est pour le moment satisfait.
Ce n'est pas tout encore. L'étude des Aïssaoua met au jour un intérêt plus grave et plus urgent : celui de Vhumanité. Écoutons d'abord la Sagesse inspirée (1) :
(c Qu'il ne se trouve personne qui se livre aux sortilèges ou aux enchantements,
a Car le Seigneur a tout cela en abomination.
« Ces nations, dont vous posséderez la terre^ écoutent les augures et les devins. Mais vous, vous avez été instruits autrement par le Seigneur votre Dieu, d
La France doit poursuivre jusqu'au bout, en Algérie, son œuvre providentielle. Après avoir détruit, dans Mezeghenna (2) la guerrière, le repaire de la piraterie, trop longtemps l'effroi de la chrétienté, il lui reste à effacer de son nouvel empire les derniers vestiges de la barbarie musulmane, honte de la civilisation.
De la Méditerranée au désert flotte son drapeau victorieux. La conquête matérielle semble terminée. Mais l'on ne peut dire encore que la conquête morale, la seule durable, commence.
A cette fin pourtant, sacrifices et bienfaits ont été épuisés; dessèchement des marais, fertilisation du sol, routes tracées, marchés ouverts, puits creusés dans le sable, ponts jetés sur
(1) Deuiéronome,
(2) Alger.
n LES AISSÀOUÀ.
les ravins, encouragements, honneurs, dignités, présents; rien n'a été oublié, rien n'a fait. Dans le Tell, sur l'Atlas, au Sahara, cherchez quelques témoignages de reconnaissance. La terre est soumise, les cœurs n'ont pas désarmé.
Il y a peu d'années, un membre de la tribu saharienne des Chamba se trouvait avec un groupe d'Arabes à Paris, mêlant au milieu de nous, dit le général Daumas, leur vie aventureuse. Et comme ce dernier leur demandait quels étaient, à lui et ses compagnons, leurs moyens d'existence : ^ Ecoutez, fit le Chambi en riant, nous allons tous les dimanches dans un café ; là, on nous dit : Fumez^ prenez du café et l'on vous paiera. En effet, quand nous avons fumé et bu pendant quelques heures, on nous donne quarante douros, qui nous servent à vivre toute la semaine. » Là dessus, il rit encore et il ajouta une phrase dont il est difficile de traduire en notre langue la pittoresque ironie, mais qui voulait dire à peu près ceci : a Les enfants de Mahommed profitent de ce que Di^ a créé tout exprès pour les nourrir une nation de badauds (1). »
La pensée du Chambi résume l'esprit de toutes les tribus. C'est le premier article de foi de tout bon musulman. Suivant la loi du prophète, il ne doit y avoir pour l'infidèle ni paix, ni trêve, ni merci.
« croyants, — dit le Koran, — combattez les mécréants ! Qu'ils vous trouvent durs à leur égard !
« Combattez-les afin quepieu les châtie par vos maux et les couvre d'opprobre et qu'il vous donne la victoire sur eux (2). »
Ah! qu'il nous soit permis de le dire ! N'est-il pas singulier de nous voir constituer nous-mêmes les défenseurs d un enseignement qui est Téchec manifeste de notre domination?
Il faut en effet que les déclamations absurdes et hypocrite?
(1) Général Daumas. Loc. cit., p. 128.
(2) Koran. Sourate^ 8, v. 40. Sowr., 9, y. 14.
CONaUSIONS GÉNÉRALES. 93
des sophistes, des libre-penseurs de ce siècle aient étrangement obstrué le bon sens traditionnel de la France pour lui faire accepter une semblable complicité. Sous prétexte de tolérance religieuse, on a cru faire merveilles en caressant les préjugés des musulmans. Pour éviter de blesser leur foi, toutes sortes de concessions ont été faites à leur orgueil. Leurs écoles ontété entretenueset leurs institutionsconservées aijidelàmême de leurs désirs. Nos navires sont à la disposition des pèlerins qui vont à la Mecque se retremper à la source de leur inimitié. Parmi nos princes, les uns ont brigué plus d'une fois l'honneur de poser la première pierre des mosquées ; d'autres ont manifesté avec éclat l'indifférence ^e l'État en matière de croyances. Si bien que nulle conduite ne pouvait être plus propre à exalter le farouche orgueil des enfants deMahommed, à les parquer dans leurs erreurs, à justifier leurs dédains, en un mot, à creuser davantage l'abîme qui les sépare de nou§. grands politiques ! allez étaler sous la tente de l'Arabe votre superbe mépris de la vérité sous la formule de l'égalité absolue des croyances! Apôtres de Tincrédulité ! continuez de prêcher au nom du progrès votre cynique indifférence. Et vous ne tarderez pas à recevoir le prix de vos maximes et la récompense de vos exemples. Et si, par exemple, vous entendez le fils du désert s'écrier, en vous montrant au doigt, dans son rude etvéridique langage : Vois ces chiens! ils ne prient pas (1) / que ce mot vous serve de leçon !
En présence des horreurs et des excès dont nous avons esquissé les tableaux, on comprend le sentiment de légitime indignation que laisse exhaler dans une de ses lettres, — à l'occasion des Aïssaoua, — un homme qui a joué un rôle d'une certaine importance en Afrique, ce Chaque fois (dit-il) que j'ai été témoin de leurs exercices, je suis devenu ma-
(\) L. Veuillot. Mélanges religieux^ politiques et littéraires^ 1860, t. V, p. 136 et sq.
lade, furieux, et j'ai toujours dit que le jour où j'arriverais au pouvoir, je supprimerais les séances {h'adras)^ comme le maréchal Bugeaud a supprimé d'autres abominations I i»
L'on sait que François de Neufchàteau, procureur général à la Martinique en 1786, fut obligé d'interdire, sous les peines les plus sévères, le bala des nègres, danse mélangée de pratiques occultes, par suite de laquelle toute la population finissait par entrer en convulsions.
Pour revenir à l'Algérie, on ne peut donc qu'applaudir au vœu formulé de la manière suivante par l'un de ses administrateurs les plus intelligents (1) : « Il est permis de croire que ce serait un acte de haute politique et de sage prévoyance administrative que d'attaquer carrément et de front ces doctrines subversive^, de mettre un terme à ces aberrations, de réduire à néant l'influence de ces associations toujours hostiles, naguère ardentes à se jeter dans la mèiée, mais plus dangereuses peut-être à l'heure où elles paraissent désarmées. Les demi -mesures sont des palliatifs impuissants. La tolérance deviendrait coupable; compose-t-on avec l'ennemi? Il s'agît en ceci d'une question de vie ou de mort pour les jeunes générations musulmanes dont les destinées reposent entre nos mains. »
Pour nous, s'il nous était permis d'élever la voix en faveur d'un intérêt aussi puissant, nous dirions qu'il n'est qu'un remède à ce mal : la propagande active — par le précepte et par l'exemple — de la foi chrétienne, cette vérité mère de toutes les vérités.
Il En 1836, —dit M. le colonel de Neveu (2)» —M. le général comte de la Rue^ chargé d'une mission aui»*ès de l'empereur du Maroc, était à Meckuès... et s'entretenait
(1) IL BroaselanL
(2) Loc. dL, p. 36.
avec un des dignitaires de Tempire; il lui parlait de la grandeur de la France^ de ses ressources en hommes» chevaux, canons, armes, vaisseaux, etc. Un thaleb (lettré) de l'empereur, présent à cet entretien et qui avait écouté avec attention le plénipotentiaire français, répondit : « Vous « feriez bien plus sur les Arabes avec des médecins et des <( marabouts qu'avec des canons et des fusils. »
En d'autres termes, ce sont les armes spirituelles qui doivent devenir aujourd'hui les plus efficaces instruments de la conquête morale de l'Algérie. La tâche est désormais aux apôtres de « la bonne nouvelle ; » aux disciples de Celui qui a dit : a Je suis la Vérité, la Voie et la Vie, )i et qui tt courent se dévouer partout où il y a des infidèles à éclairer, des pécheurs à consoler, des pauvres à secourir, des malades à soigner, des peuples à civiliser (1). if> Sur cette terre livrée aux ténèbres de Tignorance et delà superstition, il est temps de faire briller dans tout son éclat et dans toute sa pureté la lumière de la vérité chrétienne. A la loi du prophète, il faut opposer sans réserve renseignement du Christ ; au Koran, où gronde la menace, TÉvangile, où respire le pardon ; aux Khouan, milice organisée dans les voies ténébreuses pour la révolte, nos missionnaires et nos vierges héroïques, dont la parole répand la consolation et convie à la paix.
Nul doute que les futures générations de ces races déchues ne sentent enfin, sous Técorce musulmane, refleurir la sève chrétienne. £t même plus d'une de ces nombreuses tribus qui vivent à l'ombre de la tente, sur les plages de l'Afrique, n'aurait pas à creuser bien profondément le sol pour exhumer les souvenirs de son ancienne foi. D'après le
(1) Ventura de Rauliga. OEuvres posthumes. Homélie sur la parabole du Samaritain.
général Daumas, l'habitant de la grande Kabylie (1), «peuple en partie autochtone, en partie Germain d'origine, autrefois chrétien tout entier j ne s'est pas complètement transformé dans sa religion nouvelle. Sous le coup du cimeterre, il a accepté (2) le Koran, mais il ne Ta pas embrassé ; il s'est revêtu du dogme ainsi que d'un burnous, mais il a gardé, par dessous, sa forme sociale antérieure, et ce n'est pas uniquement dans les tatouages de sa figure qu'il étale devant nous, à son insu, le symbole de la croix (3). »
En définitive, c'est le baptême catholique qui amènera seul l'unité politique et la réhabilitation morale de la race dlsmaël, avec sa réconciliation jusqu'ici vainement espérée. Ce sont les fils des croisés qui seuls auront la dernière victoire dans cette conquête dont les fils de Voltaire n'ont que trop longtemps compromis le succès !
noble nation de saint Louis , soumets donc à ta foi , par le précepte et par l'exemple, les infidèles désormais soumis à tes armes! Fils des Francs, suivant à votre devise, accomplissez l'œuvre de Dieu!