CHAPITRE I
Les Albigeois. — Leur doctrine. — Partie métaphysique et théologique du système.
Les néo- Manichéens pendant le cours de leur trop longue existence prirent différents noms : ces noms se multiplièrent même à l'infini; la secte fut comme un véritable Protée, vivant toujours, mais fuyant sans cesse. En Italie, on les appela au xir siècle Manichéens, Pobîicains (des Pauliciens ) , Patarins ( de Pataria , faubourg de Milan); en Allemagne , Cathares; enFr ance, Albigeois, de la ville d'Albi , où ils s'étaient établis de bonne heure (1). Les hérétiques du Languedoc s'appelaient eux-mêmes Bons chrétiens, Bons
(1) Étienne de Belleville.
hommes ; et parce quon n'oublia point que leurs croyances venaient de la Bulgarie, leur hérésie fut souvent connue sous la dénomination & hérésie des Bulgares, et eux-mêmes sous le nom de Bulgarie Bugri. Tous ces sectaires , de noms si différents, n'eurent cependant qu'une seule et même doctrine.
Mais à quelles sources Tétudierons-nous ?
Nous ne possédons aujourd'hui que les livres écrits par les adversaires des Albigeois. Les dualistes du xne siècle avaient composé des traités apologétiques où leur doctrine était exposée : ainsi le dominicain Monéta, qui fut membre de l'Inquisition et qui écrivit contre eux une longue et savante réfutation , cite les ouvrages du néo -manichéen Tétricus (1). En Italie, Jean de Lugio défendit ses coreligionnaires dans un écrit qui fut remarqué (2). On connaissait aussi , dans le royaume de Léon , le livre du provençal Arnauld (3). Il est quelquefois parlé dun autre ou vrage manichéen intitulé: Pe?yendiculum scientiarum (4).
(lj Adv. Catharos et Waldenses. — Lib. V, 11,42,
(2) Reinerius , Summa de Catharis et Leonistis , ap. Martène.
(3) Lucas Tudensis , De altéra vita Jideique contraversiis adversux Albiqensium errores.
(4) Ibid.