‹ Les AlbigeoisChapitre 107 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I

Non- seulement les Patarins en Italie, les Cathares en Allemagne et les Albigeois en France avaient des livres quïls répandaient et au moyen desquels ils essayaient de se défendre; quelques chants populaires, composés dans chacun des idiomes nationaux, étaient encore en usage parmi eux. On enseignait aux enfants ces poésies rimées qui les initiaient à la doctririe dualiste (1).

Mais ces ouvrages divers et ces chants si multipliés, qui nous fourniraient les renseignements les plus précieux, ont totalement disparu (2). Une nous reste donc que les livres des défenseurs de la doctrine catholique, c'est-à-dire desadversairesdes Albigeois ; et ici nous devons constater que les auteurs généralement hostiles à l'Église, donnent une portée trop grande à ce principe de critique, qu'en général tout adversaire étant partial, dénaturant, affaiblissant ou exagérant la pensée de ceux qu'il combat, on ne peut lui accorder aucune confiance. Ainsi, M. Albert Réville s'écrie . « Nous sommes réduits aux descriptions des adversaires , de quelques apostats et aux dépositions recueillies par

1 1 1 IWthold. 308 . cité par M. Schmidt.

(k2) M. Schmidt affirme , qu'au commencera eût du xuie siècle, le marquis de Montferrand, en Auvergne, avait l'ait Ja collection à peu près complète des livres de toutes les sectes . principalement des Albigeois. Mais avant de mourir il les fit brûler.

ÎÎO LES ALBIGEOIS.

les tribunaux de l'Inquisition. Les unes sont dénigrantes, les autres suspectes. Cequil faut surtout craindre quand on les consulte, c'est la tendance de ces juges ou de ces historiens, également passionnés à présenter comme des dogmes immédiats, comme des croyances positivement professées par les Cathares, beaucoup d'excentricités ridicules ou repoussantes, qui ne sont que des conséquences réelles ou prétendues des principes admis par eux » (1).

Un autre auteur contemporain dit avec plus de passion et plus d'injustice encore : « Qui ne sent l'artifice grossier de ce tissu de calomnies , et qui ne comprend qu'elles avaient été inventées à plaisir pour perdre les Manichéens dans l'opinion des peuples? Quoi ! à l'époque où le relâchement de la morale de l'Évangile et la dissolution des mœurs du clergé donnaient aux corrompus la plus grande facilité de satisfaire leurs passions , ils se seraient jetés dans l'hérésie par lassitude de l'austérité chrétienne et par un besoin effréné de licence ? Quoi ! le dévouement des Albigeois à leurs croyances , le sacrifice de leurs biens, le mépris de leur vie , leur enthousiasme au milieu de la flamme des bûchers, tout cela n'aurait été que l'inspiration d'une corruption profonde? Non : il y a eu évidemment

(1) Les Albigeois, lier, des Deux-Mondes, 1er mai l874.

Page 1