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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I

la cause et l'origine du bien et du mal. Examinons plutôt ce que les barbares ont pensé là-dessus; car quelques-uns de leurs philosophes ont dit qu'il y a deux principes de toutes choses et que d'eux procèdent les biens et les maux : principes qu'ils disent être éternels, qu'ils appellent la lumière et les ténèbres, et qui existent par euxmêmes. Ces deux principes subsistaient à part, chacun deux menant la vie qu'il voulait et qui lui convenait. L'un et l'autre étaient contents de leur partage , parce que chacun aime ce qui lui est propre et que nul être ne peut croire qu'il soit le mal même. Mais enfin , ces deux principes s'étant connus l'un et l'autre , les ténèbres n'eurent pas plutôt aperçu la lumière qu'elles conçurent de l'amour pour elle, comme pour une chose plus excellente, et commencèrent par faire effort pour se mêler avec la lumière. »

Basilide admettait un Dieu suprême ; mais il imagina au-dessous de lui des Êons ou émanations divines. C'étaient l'Intelligence, le Verbe, la Prudence, la Sagesse, la Puissance, l'Esprit, le Silence , la Vérité. Ces huit Êons s'appelaient la première Ogdoade sacrée; ils avaient produit trois

Das Basilid. System , Gaetting., 1855. — A. Hilgenfeld, Das System des Gnostikers Basilides. Tùb. Theolog. Iahrb. 1856. — P. -Ch. Baur, Das System das Gnost. Basilid.

cent soixante-cinq autres Eons , qui formaient comme autant de degrés par lesquels l'être divin descendait dans le monde.

On sait que la doctrine des Eons fut très-répandue pendant les deux premiers siècles : elle répondait à certainsbesoins d'espritsinquiets et troublés, tels qu'il s'en trouve aux époques de transition. Dieu, en effet, est un être simple et une parfaite unité. Il ne peut donc émaner de lui, disait Basilide, qu'un être semblable à lui. Les Éons, comme nous l'avons déjà remarqué, furent imaginés comme des êtres intermédiaires. Basilide leur attribuait la création du monde, qui avait été, disait-il, comme la suite d'une lutte survenue parmi eux. Les- Eons ou les anges mauvais, pour se venger des anges bons, avaient formé la matière. Le Créateur, qui n'était autre que le Dieu des Juifs, était le plus turbulent des anges, il avait excité des séditions et des révoltes (1). 11 était le plus fier, le plus ambitieux, le plus superbe, le plus arrogant , le plus méchant de tous les anges (2).

Parce que le Créateur était le Dieu des Juifs, Basilide repoussait l'Ancien Testament , qu'il regardait comme l'œuvre de cet ange mauvais, créateur du monde. 11 avait un acharnement particu-

(4) Tertull., de Prœscript., cap. xlvi.

(2) Epiph., libres., xxiv.

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