PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I
toutes choses, il faut, ou que ce Dieu lait tiré de lui-même, ou qu'il lait tiré d'ailleurs. Si c est de lui-même, ou bien il la engendré comme un animal engendre un autre animal, ou bien il la produit par une émanation de sa propre substance, à laquelle il a donné un corps. S'il Fa tiré (Tailleurs, il faut qu'il Tait formé d'une matière animée. Que s'il n'a pas été fait par le créateur de toutes choses, il faut qu'il soit de lui-même sorti du sein de cette matière qui a eu la force de le produire. Que si Ton dit qu'il a été tiré du néant , ce n'est plus un être réel. De ces manières d'exister choisissez celle qui vous plaira. 0:ï le démon est éternel, ou il faut lui donner quelqu'une de ces différentes origines. »
Les sentiments dualistes de Simon ne peuvent pas être Tobjet d'un doute, puisque son interlocuteur lui dit aussitôt : « Mais' si la matière est égale à Dieu , et pour la durée et pour la puissance, comme elle est ennemie de Dieu , elle produit d'elle-même des forces qui s'opposent à ses volontés. »
C'est le principe dont s'emparera Manès (1).
(1) Le savant Jacob Thomasius , qui a honoré par sa science l'université de Hall , l'attribue positivement à Simon le Magicien : « E gentilium certe, dit-il, sed imprimU tamen e principio magorum Zoroastris scholâ , Magus iste ( Simon j duos sibi adversantes Deos accepit, Bonum et Malum. » (Wolff, op. cit.)
Mais Basilide], Marcionet Bardesaneî plus encore que Simon, nous paraissent avoir ouvert les voies dans lesquelles il entrera bientôt (1). C'est une vérité que l'erreur a sa logique et ses progrès naturels. L'histoire que nous avons entrepris d'écrire nous en fournit un des exemples les plus frappants.
Basilide était syrien d'origine (2) ; mais il résida longtemps à Alexandrie (3). Il mourut, selon les uns sous Adrien, selon les autres sous Antonin.
11 écrivit sur les Évangiles un Commentaire qui comprenait vingt-quatre livres (4). C'est du vingt-troisième livre qu'est extrait l'unique fragment qui nous reste de cet ouvrage et qui a été conservé par Hégémonius. Ce fragment nous donne le principe des doctrines de Basilide (5). « Cessez, dit Basilide, de vous amusera la vaine et curieuse recherche des diverses opinions des hommes sur
(1 ) Voir Théodoret , évêque de Tyr , lettre à Eusèbe d'Ancyre.
(2) Voir sur Basilide : Clem, Alex. Strom. passim.; — Justin., Dialog. cum Tryph,, n°35; — Iren., i, 24. — Kpiph., adv. Hœr.
(3) Lipsius, dans Ersch et Gruber, p. 274.
(4) Euseb. , Hist., lib. iv, 7.
(5) Hégémonius traduisit en grec les Actes de la dispute a" Archélaùs, qu'il publia en ajoutant plusieurs détails dont Archélaûs n'avait pas parlé. — Voir sur Basilide : J.-H. Jacobi , Basil, phil. gnost. ex Hippol. libro jearà irxffuv aioi<75«v, nuper reper. Berol. 1852. — G. Uhlhorn,