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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IL

Nous devons avouer cependant que quelques auteurs n ont pas partagé l'opinion d'Evervin. Nous n'essaierons pas même d'entrer dans une discussion de détail inutile ici : arrêtons-nous aux paroles de M. Dulaurier, qui nous semble avoir exactement résumé les motifs sur lesquels ces auteurs appuient leur négation : « Malgré les affirmations de quelques auteurs du moyen-âge, dit- il, qui veulent que l'Eglise cathare ait eu un chef suprême, un évêque des évêques ou pape, il paraît certain que ce suprême pontificat n'exista jamais : aucun de ceux qui ont le mieux connu la secte, comme le dominicain Rainier Sacchoni, qui en avait fait partie assez longtemps, aucun ne parle de ce prétendu pontife cathare. On n'en trouve pas plus «le traces dans les procédures de l'Inquisition, et dans les lettres si nombreuses des papes relatives à l'hérésie et aux mille incidents qu'elle suscita. Comment auraient-ils pu garder le silence sur un personnage qu'ils auraient eu le droit de regarder comme l'antagoniste du Vicaire de Jésus-Christ et leur adversaire personnel? Une autre considération confirme cette conclusion négative : l'Eglise cathare, d'origine orientale, fut organisée sur le modèle des églises chrétiennes d'Orient , qui ne reconnaissaient d'autre chef suprême que le Christ, sans aucun représentant terrestre ou visible, gouvernées directement par les évêques et qui, indé-

pendantes l'une de l'autre, n'étaient en communion entre elles que par l'unité du symbole et le lien de la fraternité. L'évêque Nicétas , qui vint de Constantinople pour diriger les délibérations du synode de Saint-Félix de Caraman, et l'évêque slave qui, en 1223, envoya un délégué dans le midi de la France, n'agirent nullement, dans ces circonstances, en vertu d'une suprématie hiérarchique. Le premier n'avait d'autre autorité que celle que lui assuraient son savoir et sa connaissance de la véritable tradition cathare ; le second, d'autre prérogative que sa sympathie pour des coreligionnaires persécutés, et son empressement à les encourager à rester fermes dans la foi ou à leur offrir un asile, s'ils étaient forcés de quitter leur patrie » (1).

Nous ne pensons pas que les raisons alléguées par M. Dulaurier aient la valeur qu'il leur attribue. D'abord, ce chef suprême pouvait exister et n'être pas connu : ce qui expliquerait le silence des écrivains du temps. Ensuite, l'Inquisition avait-elle à interroger sur l'existence de ce chef suprême? Non, puisque ce n'était pas l'existence de ce pape qui constituait l'hérésie. Pourquoi s'étonner que les Pontifes romains n'aient point signalé leur adversaire? Aujourd'hui encore n'existe-t- il pas telle société enfouie clans l'ombre, dont le but est la ruine même

il) M. Dulaurier, loc. cit.

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