PREMIÈRE PARTIE . — CHAPITRE I
xixe siècle. Que decrivains ont joui , chez nous, d'une grande renommée de science, qui n'étaient que les échos affaiblis des doctrines professées de l'autre côté du Rhin ! Ainsi fait toujours l'erreur. Elle est enfermée dans un cercle étroit , dont elle ne pourra jamais sortir. Il n'y a pas, à proprement parler, progrès dans la négation : la négation reste toujours la même, quoique revêtue de traits différents. L'histoire que nous étudions en offre déjà un exemple remarquable. Les deux premiers siècles virent naître une infinité de sectes congénères; et quelques auteurs se sont mépris en les regardant comme autonomes et en leur donnant des noms différents ; car elles ont pris leur point de départ de deux seuls principes : le principe gnostique et le principe dualiste. Or, ce dernier était le principe même de la philosophie orientale; il sera le principe des Albigeois.
Basilide n'échappa point à la loi commune : il avait longtemps voyagé en Perse, la terre classique du dualisme. Il en fut de même pour Isidore, son meilleur élève et son fils, qui écrivit un traité de morale, où il traduisit presque uniquement Phérécyde de Syra (1). Bardesane, contemporain de Basilide, dont nous parlerons bientôt, avait fait
(1) Glem. Alex., Strom., p. 150, édit. Pott. — Agrippa réfuta les erreurs de Basilide : Euseb. Hist. lib. iv, c. 7, et d'Isidore , Theod. lib r, Hœret. Fabul. cap. 1.
un voyage jusque dans les Indes, où il s'était instruit des mœurs et delà philosophie des Brachmanes ; il avait, de la sorte, acquis une réputation de savoir. 11 est probable que Basilide eut connaissance de la relation qu'il écrivit de son voyage ; cette relation fut mise entre les mains des gens de la suite de l'empereur Antonin, lorsque celui-ci revenait d'Emesa en Syrie (1). Et c'est ainsi qu'en Occident, s'attribuant une doctrine qui ne lui appartenait pas, il prit les dehors d'un chef d'école, ces dehors qui conviennent si bien à l'orgueil de l'esprit. Mais s'il parvint à tromper quelques intelligences crédules de son temps, les âges suivants ont été mieux avisés. Ce que Wolff (2), flétrissant du même coup toutes les contrefaçons coupables , disait de Manès , il pouvait le dire également de tous les dualistes qui lont précédé, Basilide, Bardesane et autres.
D'après la Chronique d'Edesse, Bardesane serait né dans cette ville le 1 1 juillet de l'année 154.
(1) Voir le fragment du livre de Porphyre: de Styge, publié à la suite de sa vie par Luc Holstenius.
(2) Au xvie siècle, Wolff s'exprimait ainsi : « Fuerunt sane qui cum Danœo ad Augustinum, eum .' Manicheismum J ex Pythagoreorum truo-at^siwffgi, et Marcianitarum lacunis a Maneta haustum projitentur. Sed altius omnino originem ejus repetendam esse puto, ex quâ ad plerumque inter Grœcos pJiilosophos gymnasia dimanasse hic error videtur » (op. cit., p 218).