PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I
Plus probablement, il était syrien d'origine (1). De bonne heure il entra dans le sein de l'Eglise de Jésus-Christ. Dieu lui avait donné un esprit distingué et puissant. Lë livre Contre le destin astrologique qu'il écrivit dans sajeunesse, trèsloué par Eusèbe (2) et par saint Jérôme (3), donna la mesure des services qu'il pouvait rendre à la vérité. Mais alors, comme de nos jours, le monde était peuplé de beaux talents avides de nouveautés. Bardesane , ne sachant pas se contenter des doctrines évangéliques, suivant le conseil de saint Paul (4), ou peut-être n'en comprenant pas la grandeur et la sublime simplicité, se laissa bientôt séduire par les erreurs de Valentin, auxquelles cependant il ne tarda pas à renoncer, pour passer à d'autres folies. Celles-ci du moins étaient les erreurs de sa terre natale.
Il est certain que Bardesane admettait deux principes ou deux racines de toutes choses : l'une bonne et 1 autre mauvaise. Pour lui, Dieu n'est pas l'auteur du mal ; il est absurde que le Verbe ait pris un corps, car lame n'a été liée au corps qu a cause du péché qu elle avait commis.
(1) Euseb. , Prœp. Evl, lib. vi , chap. 9. — Theodor., lib. î. Hœret. Fabui. cap. 22. — D. Ceiller, t. 1, p. 465. Ed. Yivés.
(2) Hist. EccL, lib. iv.
(3) In CataL, cap. 33; — in cap, X Oseœ
(4) Oportet sapere ad sobrietatem.
Dieu est le créateur du monde, mais non du démon, qui existe par lui-même et qui s'est produit lui-même. Dieu a fait l'homme, mais il ne l'a revêtu de chair qu après son péché .
On voit ici le mélange des doctrines orientales et des doctrines révélées , ou plutôt des enseignements révélés , dénaturés par les rêveries de l'Orient. Mais encore ici rien de nouveau : certains Juifs rationalistes , imbus de ce principe que la matière est en soi mauvaise , navaient-ils pas dit , avant Bardesane , que l'homme avait été revêtu de son corps seulement après son péché (1)?
C'est un trait commun à plusieurs hérétiques des deux premiers siècles , qu'ils ne nièrent point directement tel ou tel point du dogme, en s'appuyant sur une impossibilité rationnelle ou en rejetant le mystère parce qu'ils ne le comprenaient pas; ils admirent l'Evangile, mais à la condition de le modifier et de le corriger. Dès-lors que la matière était regardée comme mauvaise en elle-même, il fallait expliquer comment Jésus-Christ avait paru sous une forme humaine. Les Docètes avaient prétendu en donner l'idée en imaginant, les uns, que le Fils de Dieu n'avait pas pris un corps et n'en avait revêtu que les apparences ; les autres, qu'il avait pris un corps réel mais céleste. Qu'é- •
(1) Buxtorf in Not. ad lib. Cozri , p. 52