DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE III
sion si prompte , et de comprendre, autant que faire se pourra, l'état de l'Église, afin de voir si les malheurs qu'elle eut à traverser pendant le xie et le xiie siècle ne facilitèrent pas aux néo- Manichéens l'entrée dans une terre qu'elle avait arrosée de ses sueurs, consacrée de son sang et sanctifiée par son esprit.
Au moment où les Albigeois commencèrent à répandre leurs doctrines subversives, l'Eglise qui, pendant le ixe et le xe siècle, avait eu à lutter contre l'ignorance et la barbarie, car la paresse et l'oisiveté avaient pris la place, pourtant sacrée à ses yeux, de l'amour des lettres, du travail et de la pénitence, semblait entrer dans une période de progrès et de bien. Le xie siècle fut incontestablement supérieur au ixe et au xe. On vit alors s'adoucir les mœurs, le langage revêtit des formes plus attiques (1) , les sciences furent plus en honneur et les vertus chrétiennes plus communes. Ce siècle s'ouvrit par le pontificat de Sylvestre II et le règne de saint Henri.
Sylvestre II fut incontestablement un grand pape. Pendant son pontificat, le Saint-Siège brilla de nouveau de la gloire des Grégoire, des Léon et
(1) Cependant on trouve encore des expressions barbares , par exemple , dans le Testament de Riculfe , évêque d'Elne (915), publié par Baluze (Regin. App., p. 626), et dans les lettres de Robert, évêque de Metz.
des Damase; de cette gloire incontestée, qui semblait s'être obscurcie au xe siècle, pendant la succession rapide des vingt-huit papes, qui, depuis le pape Romain (900) jusqu'à lui, n'avaient fait que passer sur le trône de Pierre. Saint Henri H (1002-1024) donna, même dans les grandeurs et au milieu du faste royal, l'exemple des plus admirables vertus. Par sa vie, il honora la religion ; il voulut que partout ses peuples lui rendissent respect et hommage. Aussi, comme si la vertu appelait nécessairement à elle la vertu, son règne fut particulièrement illustre, par le nom de vingtdeux évêques qui méritèrent , par la sagesse de leur vie et l'influence de leurs œuvres , d'être vénérés par les contemporains et de recevoir de la postérité, attentive à leurs mérites , les honneurs de la sainteté (1).
L'empereur Henri et le pieux Robert, roi de France, n'avaient pas tardé à s'unir d'une amitié étroite. Cette entente de deux princes si vertueux était de bon augure pour la prospérité de l'Eglise. Ils avaient eu une entrevue cordiale aux limites des deux royaumes, sur les bords de la Moselle, et après s'être donné mutuellement des fêtes splendides, clignes de la couronne de Charlemagne , ils s'étaient concertés et entendus sur les moyens
(1) Voir la Vie de saint Meinwerck , évêque de Paderborn.