DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
d'étendre l'influence civilisatrice de l'Eglise et de favoriser les progrès de la vertu dans les âmes (1).
Etienne, roi de Hongrie, venait de rentrer dans le giron de l'Eglise, s'était reconnu son vassal, avait promis de lui rester fidèle et, au besoin, de la défendre.
Tout annonçait donc un siècle de gloire et de prospérité, et le néo- Manichéisme paraissait avoir mal choisi son heure pour supplanter l'Eglise forte et puissante. Les monastères redevenaient florissants. Les abbés de Marmoutiers, de Jumiège, de Saint-Victor de Marseille, principalement saint Gérauld, fondateur de la Sauve-Majour , diffusaient dans les membres du corps monastique la sève des vertus évangéliques (2). De nouvelles fondations offraient aux âmes lassées des vanités du siècle un asile sûr et tranquille. L'abbé Romuald ouvrait la maison des Camaldules ; Jean Gualbert établissait l'institut de Val - Ombreuse ; l'abbé Robert donnait comme une nouvelle floraison delà règle de saint Benoît, en se soumettant, lui et ses frères deCiteaux, à la pure règle primitive ; saint Bruno , dont Pierre de Oluny, Guibert , abbé de Nogent , et Sigebert ont écrit des choses si merveilleuses, avait ouvert, en fondant les Chartreux,
(1) Radulp. Glaber, Vit. Rob., lib. m, cap. 2.
(2) MabilL Ann. L. 55, n. 29, 30.
aux âmes contemplatives , le sanctuaire même de 'la solitude, du recueillement et de la prière.
Les esprits revenaient à la culture des lettres et des sciences. Ce n'était plus le siècle barbare où un chevalier, pour toute signature, laissait l'empreinte de son épée. Fulbert, évêque de Chartres, un autre Fulbert, moine de Saint -Ouen, Burchard, abbé de Saint-Emmeran, Odilon, abbé de Cluny, Bermon, abbé de Richenow,Radulphe Glaber, Hermann Contracte, et une infinité d'autres se distinguaient à la fois par leur vertu et par leur savoir. Saint Léon IX cultivait la science sacrée, même au milieu des préoccupations incessantes du gouvernement pontifical, alors si difficile. Le bienheureux Lanfranc, après avoir enseigné avec éclat la jurisprudence à Paris et à Avranches, se retirait à l'abbaye du Bec, où il passait les derniers jours de sa féconde vie à écrire contre Bérenger. Adelman , évêque 'de Bresce, Guitmond , évêque d'Averse, défendaient le mystère sacré de l'Eucharistie contre toute attaque présomptueuse ; saint Anselme, d'abord abbé du Bec, puis archevêque de Cantorbéry, donnait un essor puissant à la Théologie. L'Orient lui-même, malgré sonaffaiblissement, ne restait pas en arrière. Les Grecs Zonaras , George Cedrenus, Jean Curopalas, Théophylacte, racontaient dans un beau langage l'histoire de ces pays si riches en souvenirs chrétiens.