DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
Henri accourut en toute hâte se jeter aux pieds d'un pontife qu'il croyait déjà gagné. Paschal lui demanda de tenir ses promesses et de renoncer effectivement aux investitures; mais Henri se récria et repoussa l'engagement demandé. Le pape, se regardant comme dégagé de sa promesse parce que Henri ne tenait point la sienne, refusa de le couronner. Henri se montra alors tel qu'il était, ambitieux, vulgaire, violent et injuste. 11 commençapar faire prisonnier le pape et les cardinaux, qui pendant soixante-un jours furent soumis à la surveillance la plus odieuse, tour-à-tour menacés, victimes de mille vexations , même privés de la nourriture nécessaire. Le pape, quoique d'une grande vertu, ne résista pas à ces outrages. Il finit par céder et promettre qu'il ne s'opposerait pas à l'investiture des évêques par l'empereur. Henri lui extorqua même, car on ne peut pas se servir d'un autre mot, avec sa signature et le sceau papal, ce privilège que les abbés et les évêques de son empire recevraient du prince l'investiture par la crosse et l'anneau, et qu'ils ne seraient point soumis à une autre cérémonie, pas même à celle de la consécration. Une telle violence ne pouvait amener qu'une vive protestation. A peine rendus à eux-mêmes, les cardinaux déclarèrent nuls les actes de Paschal , arrachés à sa faiblesse ou plutôt obtenus de lui quand il n'avait plus la
liberté de son esprit. De là, l'agitation, des troubles, la lutte (1).
En 1116, Paschal eut la vertu de réunira Latran un concile général, et de s'accuser, en présence des évêques, de sa faiblesse. L'assemblée frappa de ranathème les investitures laïques, excommunia Henri et ses conseillers.
Cette mesure nécessaire ne pouvait pas cependant amener la paix ; mais l'Église n'avait pas manqué à sa mission: elle n'était donc pas responsable des événements qui allaient se produire.
Henri irrité prit le chemin de Rome ; il n'était pas seul, une nombreuse armée l'accompagnait. Paschal s'était retiré à Bénévent. Henri, plus irrité encore, fit monter sur le trône pontifical un indigne, Maurice Burdin. SousGélase ll,cemême Maurice Burdin, créature de l'empereur, consentit à s'établir à Rome comme pape intrus. En 1122, Calixte 11 dut supporter la même injure. Enfin, en 1125, l'empereur mourut, après avoir semé la division dans l'Église : effets déplorables d'une ambition sans mesure , qui élevait incessamment de nouvelles barrières au zèle apostolique, à la surveillance des affaires et à la bonne direction de l'Église universelle.
Après la mort d'Honorius 11 (1130), un autre
(i) Otho Frisingensis. — Petrus Diaconus.