DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
son élection ; il en fit part aux Anciens du Languedoc, et Pierre, déjà condamné par les légats au Concile de Toulouse, dut quitter le siège usurpé. Cette fois la justice avait triomphé; mais les désordres, conséquence de tout débat passionné , n'en avaient été pas moins réels ; de plus en plus, les peuples perdaient le respect du sacerdoce et de la religion : car, s'il est vrai qu'une religion, quoique divine, dès-lors qu'elle est servie par des hommes, a son côté humain et nécessairement défectueux et qu'il faut toujours séparer la vérité des hommes qui la représentent, afin de l'aimer pour elle-même, il n'en est pas moins vrai que c'est là , pour les peuples , une distinction subtile qu'ils ne comprennent pas et qu'ils ne font jamais.
Dans le siècle suivant, l'état général du midi de la France ne changea guère, s'il n'empira pas. Cependant, de même que le xie siècle avait été, malgré des désordres profonds, supérieur au x% de même, dans l'ensemble, le xne l'emporta sur le siècle précédent par la foi, la ferveur dans l'ordre monastique, l'observation de la discipline. 11 fut redevable de ce bien à un grand pape, Grégoire VII. Gardons-nous de croire toutefois qu'il ait renouvelé l'âge d'or de la primitive Eglise ; lui aussi ne fut pas exempt de maux et de douleurs. A chaque siècle qui s'écoule, l'homme ne porte-t-il son tribut obligé d'infirmités et de misères?
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L'Allemagne nourrissait dans son cœur un amer ressentiment : elle était en voie de perdre l'influence si grande qu'elle avait exercée pendant longtemps dans l'élection du pape et l'investiture des évêques : ce rôle lui avait acquis une autorité politique, à laquelle elle sentait qu il était dur de renoncer. Grégoire Vil avait porté un coup funeste à la triste prérogative qu'elle s'al î ribuait comme un droit ; mais il était mort en 1085. Ses deux successeurs, Victor III et Urbain II, avaient en même temps que de la tiare hérité de sa vigueur, de sa résolution, de son énergie. C'est ainsi que la Providence, qui conduit tout avec ménagement et mesure, avec force et douceur, préparait le xme siècle.
Telle était la situation quand s'ouvrit le xne siècle. Henri IV, ce prince accablé de malheurs parce qu'il avait osé s'élever contre le Saint-Siège, cédait son trône amoindri à son fils , Henri V. Celui-ci ne resta pas étranger aux préoccupations dont nous venons de parler : avec moins de génie que son père, il en avait les desseins ambitieux. D'abord , il envoya une ambassade au pape Paschal II (1099-1118), pour protester de son dévouement au Saint-Siège , et renoncer, disaitil, aux investitures. Cet empressement n'était que du calcul : Henri V avait besoin de se faire couronner à Rome même. Le pape promit tout.