DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE III
reusement Dieu appelle à son tribunal l'intrus Anaclet, et avec lui finit cette lutte désastreuse.
Mais ces troubles ne sont ni les derniers ni les plus grands. Bientôt Arnauld de Brixia, disciple de Pierre Abailard, persuade aux Romains de ne pas payer l'impôt au pape et au clergé, d'élire de nouveaux magistrats et de s'établir en république. Innocent, déjà malade, meurt de chagrin. Luciusll, son successeur (1 144), frappé à la tête parles séditieux, succombe des suites de sa blessure. Sous Eugène 111 (1145), la fureur populaire se porte aux plus grands excès. Les maisons des cardinaux et des nobles sont pillées et détruites ; eux-mêmes sont frappés de coups, couverts de mépris, jetés en prison (!).
Les malheurs de la cour pontificale ne touchent pas encore à leur fin.
A la mort d'Adrien IV (1159), nouveau schisme. Alexandre 111 a été élu par le collège des cardinaux ; mais deux cardinaux, mécontents et soutenus par l'empereur Frédéric , portent Octavien , qui prend le nom de Victor. Victor cependant meurt bientôt; mais il se trouve une autre créature de l'empereur, Guido de Crémone (1164), qui ne recule pas devant la responsabilité du schisme ; car il y a des hommes que la faveur
(1) Lettre de saint Bernard aux Romains et au roi Conrad , 242 et 243.
royale et les honneurs rendent capables de tous les excès. Les Romains voient de nouveau les armées germaniques envahir la ville pour soutenir Guido , et , il faut le dire , sans une trop grande émotion, car ils sont familiarisés depuis longtemps avec les séditions , les troubles et les luttes.
Etait-il possible qu'une hérésie organisée, puissanté, déjà répandue en Orient, en Grèce, sur les bords du Rhin, du Pô, du Rhône et de la Garonne, ne se fortifiât pas , ne prît point de nouveaux développements et ne fût point accueillie avec faveur par les peuples agités , devant lesquels elle se présentait comme destinée à remplacer une Eglise qu'elle disait livrée à l'esprit mauvais ?
Quiconque, cependant, eût examiné de près l'état général de l'Eglise, eût reconnu que, malgré les malheurs de la Papauté, les mœurs s'étaient radoucies, la piété était devenue plus commune et le respect de la discipline plus général. 11 est certain que ces deux idées, la continence absolue du clergé et la non-immixtion du pouvoir dans les investitures, gagnaient de plus en plus des partisans convaincus. C'était un progrès immense. On le devait à saint Grégoire VII et à ses successeurs, qui, chacun dans la mesure du possible, avaient condamné l'incontinence et la simonie ; on le de-