DKUXIEMK PARTIE. CHAPITRE III
vait aux conciles de France et d'Italie, où les mesures à prendre furent plus nombreuses ; surtout on le devait à la divine Providence, qui veillait surson Église et qui allait la faire sortir victorieuse d'une épreuve si grande que plusieurs hommes illustres d'alors se croyaient appelés à voir le monde toucher à sa fin.
Le progrès des esprits se manifesta principalement en France sur d'autres points. L'ordre de Cîteaux, malgré quelques exceptions inévitables là où l'homme mêle son infirmité, se distingua par sa ferveur et sa régularité. Clairvaux eut un noble représentant de l'éloquence, de la science ecclésiastique et delà sainteté dans l'incomparable saint Bernard, dont il suffît de prononcer le nom pour rappeler à l'esprit ce qu'il y a de plus grand dans l'humanité et imposer, même aux plus' prévenus, le respect et l'admiration. Cluny ne resta pas en arrière, malgré la magnificence de ses constructions et de son culte, car il y a des manières différentes d'honorer Dieu. C'est ce que répondait au sévère saint Bernard Pierre le Vénérable, esprit élevé, cœur simple, âme droite, que rappellent, en le dépassant, saint François de Sales et Fénelon. Avant Pierre le Vénérable, Pierre de Cluny avait rempli de la gloire de son nom tout l'ordre monastique. Son livre : Du Sacrifice, dans lequel il attesta que Lanfranc avait fait contre Bérenger
30*2 LHS ALBIGEOIS.
un écrit 6cm, plein de doctrine et parfait (1), honorait la science thêologique et la piété. Godefroi, abbé de Nogent ; l'abbé Désiré, devenu pape sous le nom de Victor III ; Bérengaud, abbé de Saint-Maximin de Trêves; Hildebert, archevêque de Tours; Hugues de Saint- Victor, Richard de Saint- Victor, Pierre Lombard: c'étaient des myriades d'étoiles qui brillaient au firmament de l'Église. Il est impossible de le méconnaître, l'esprit de parti seul le nierait. Mais, reconnaissons -le aussi, du côté de la Provence et du Languedoc, dont le ciel est d'ordinaire si éclatant, on apercevait des ombres : c'est à peine si Granselve, près de Toulouse, pouvait présenter avec honneur son abbé Bertrand (1 147). Encore cette fois, la lumière descendit du nord ; et , il faut le dire , elle rencontra même devant elle des barrières. Ne vit- on pas des hommes faire comme mépris des lettres et des sciences , se plaindre qu'on écrivait trop , dire que les écrits des Saints étaient suffisants , tourner en ridicule les amants passionnés du savoir, car il y en avait, les amoindrir, les décourager et combattre leur influence (2) *? Aussi , c'est avec une tristesse profonde que nous constatons, avec Guillaume de Puy-laurens (3), que « les
(1) « Bene, plene, perfecte ».
(c2) D. Marten., Anecd.y t. v, p. 897.
(3) Prologue.
DEUXIÈME PAHTlt. — CHAPITRE III. J03
capelans étaient auprès des laïques en si grand mépris que leur nom était par plusieurs employé en jurement, comme s ils eussent été juifs. Ainsi, de même qu'on dit : « J'aimerais mieux être juif, » ainsi dit-on : «J'aimerais mieux être capelan que faire telle ou telle chose. »
Nous allons voir maintenant comment le midi, agité , sans homogénéité dans ses idées . sans dignité dans ses mœurs, livré à la mobilité et à la violence de ses impressions faciles, devint comme la proie naturelle de l'hérésie.