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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV

Nous ne voulons point parler des erreurs de Bérenger sur l'Eucharistie, et de celles de Roscelin sur la Trinité. Elles transpirèrent certainement dans le Languedoc et la Provence. Nous ne nous occupons que des mouvements d'opinion les plus considérables qui se produisirent alors et qui eurent le plus d'action sur nos contrées.

Nous connaissons Pierre de Bruys par le savant écrit que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, composa contre lui. C'est une lettre adressée à Guillaume, archevêque d'Embrun, àUlric, évêque de Die, et à Guillaume, évêque de Gap. Ce Pierre de Bruys exerça une influence funeste. Etait-il dualiste? Ce serait une question à décider, mais il est certain que ses doctrines favorisèrent le développement du dualisme albigeois. Nous ne pouvons pas admettre, avec certains auteurs, qu'il ait été la cause et le point de départ du mouvement qui fait l'objet de notre étude, puisque, comme nous l'avons déjà constaté, l'Albigêisme apparut en France au commencement du xie siècle , et que Pierre de Bruys dogmatisa dans le xne. Mais alors il parcourut la Provence et le Languedoc , où il séjourna assez longtemps , enseignant , selon Pierre le Vénérable , qu'il fallait rejeter le baptême des enfants , sous le prétexte qu'un enfant ne peut ni croire ni se faire instruire ; que les autels et les églises étaient des œuvres diaboliques, dignes seu-

lement d'être renversés comme un objet d'abomination ; que l'honneur et l'adoration rendus à la croix n'étaient qu'une folie et une superstition ; que la messe était faussement regardée comme un sacrifice ; que les prêtres ainsi que les évêques ne consacraient point le corps et le sang de Jésus- Christ ; enfin, que les prières et les suffrages pour les morts étaient de vaines pratiques.

Cette doctrine incendiaire porta ses fruits dans un pays qui donnait déjà les symptômes attristants de renversements prochains. « On vit, dit Pierre le Vénérable, par un crime inouï chez les chrétiens, rebaptiser les peuples, profaner les églises, renverser les autels , brûler les croix , fouetter les prêtres, emprisonner les moines et les contraindre par les menaces et les tourments à prendre des femmes. »

Pierre de Bruys fut puni par où il avait péché : les catholiques de Saint-Gilles, justement irrités, le firent périr par le feu. Il avait dogmatisé dans la Provence et le Languedoc pendant près de vingt ans. Les néo-Manichéens exaltèrent longtemps sa mémoire. Dans chaque coup de bélier qui venait battre la forteresse de l'Église, ils voyaient le présage de la victoire dont ils escomptaient déjà les résultats. Pierre de Bruys avait été effectivement un ouvrier audacieux, habile, entraînant. Et sans doute que, dans ce siècle, où les hommes les

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