DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV
plus recommandables par leur esprit, comme Albéric, cardinal-évêque d'Ostie, Hugues, archevêque de Rouen, Otton de Frisingue, étaient sans cesse attentifs à observer les phénomènes célestes , plus d'un dut présager des catastrophes épouvantables, en lisant le prodige extraordinaire raconté par un chroniqueur , que , en Gascogne , où il s'était trouvé au printemps de Tannée 1108, les populations avaient vu en même temps trois soleils dans un ciel agité, depuis deux heures après midi jusqua cinq heures du soir (1).
Les Vaudois furent, plus encore que Pierre de Bruys, d'un efficace secours pour les néo-Manichéens. Ils avaient pris ce nom de celui de leur chef, Pierre Waldo, qui enseigna à Lyon dans le dernier quart du xne siècle. Ce Waldo expliquait le Nouveau Testament en langue vulgaire; il imposait à ses disciples , comme une obligation stricte, le devoir d'embrasser la pauvreté absolue , à l'exemple de Jésus-Christ et des Apôtres. C'était évidemment dépasser les intentions du Sauveur et confondre le conseil et le précepte ; c'était surtout, dans la situation où était alors l'Eglise de France, s'élever contre l'institution elle-même de Jésus- Christ. Le clergé de l'illustre ville de Lyon regarda du premier coup Waldo comme un téméraire et peut-être comme un factieux. Aussitôt celui-ci
(1) Du Chesne , Coll., t. vi, p. 95.
se mit à invectiver contre lui, disant à ses disciples que le clergé jaloux enviait leur vertu et l'accusant des crimes les plus honteux.
Waldo se fit de nombreux disciples, qui se répandirent au loin et par lesquels il exerça une influence désastreuse , car il portait à un rare degré le talent de la séduction.
Ici se présente pour nous cette question qui va droit à notre sujet principal, quoiqu'elle s'éloigne du titre de ce chapitre, et sur laquelle les discussions survenues parmi les historiens appellent notre attention : les Albigeois viennent-ils des Vaudois? Faut-il les confondre dans une même origine? En d'autres termes, les Albigeois et les Vaudois furent-ils les disciples d'une même doctrine, ou bien eurent-ils une origine et des doctrines différentes*?
Certains auteurs ont fait des efforts prodigieux pour donner aux Vaudois une origine fort ancienne. La conséquence d'une semblable théorie, c'est que les Albigeois n'auraient pas été la suite du mouvement néo-Manichéen produit en Occident par la diffusion des doctrines gréco-slaves, mais qu'ils seraient venus de Lyon par les Vaudois, etqu'après avoir descendu la vallée du Rhône, ils se seraient répandus dans la Provence et le Languedoc (1).
(1) Léger, Histoire des Vaudois. — Peyranius, Considération sur les Vaudois. — Mussonius, Histoire des