DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV
sées et surtout des croyances religieuses qui fait l'unité et la force d'un peuple. Or, depuis de longues années déjà, l'harmonie des âmes, établie partout où l'Evangile était seul enseigné, avait
Flathius renchérit sur Peyranius. Pierre n'a pas existé, dit-il, parce que, au xne siècle, on ne prenait pas de surnom.
N'en déplaise à Flathius : saint François d'Assise, si rapproché des Vaudois. avait le surnom de Bernadone. Nous connaissons le nom et le surnom de tous ceux qui ont écrit contre les Albigeois. Pierre avait le surnom de Bruys.
Quelques-uns font remonter les Vaudois à Claude , évêque de Turin, qui vivait au rxe siècle.
Il y a contre ce sentiment une difficulté invincible : c'est que les doctrines de Claude et celles des Vaudois ne se ressemblent en rien. Claude admettait les sacrements , acceptait la Tradition et la doctrine des Pères. Il n'eut d'autre erreur que celle de Félix d'Urgel.
On a dit encore que les Vaudois tiraient leur origine d'un certain Léon, qui aurait résisté à saint Silvestre, parce que ce pape recevait des biens temporels de la main de Constantin. Mais il n'est nulle part question de ce Léon, et les auteurs de ce sentiment ont mauvaise grâce à le soutenir, car Léger , qui a imaginé cette fable , place Léon au vin6 siècle seulement.
Enfin d'autres, avec une prétention mal justifiée, font remonter les Vaudois jusqu'à saint Paul. Saint Paul, disentils, est allé prêcher dans les vallées Piémontaises, quand, pour se rendre en Espagne, il prit le chemin des Alpes et de la Gaule. Saint Paul a eu sans doute le projet de ce rendre en Espague (Rom., xv, 24, 25); mais comment prouver qu'il a réalisé son dessein ? Alors même qu'il l'aurait réalisé , comment prouver qu'il a prêché inter Waldenses, chez les habitants des vallées, d'où leur serait
été brisée dans la Provence et le Languedoc. Les causes de ce désaccord, qui se produisit avec une liberté plus large et l'indifférence qui en fut la suite, sont multiples et diverses ; et nous nous gardons bien de les attribuer uniquement à l'influence juive. Mais il est certain, qu'au xr et au xne siècle, tout enseignement différent de celui de la foi ne pouvait produire que de funestes effets sur notre société , alors sans fixité dans ses principes et ses croyances. A ce point de vue, il est intéressant d'étudier les nombreuses écoles que les Juifs avaient établies sur le littoral de la Méditerranée. De bonne heure, ils y avaient trouvé une douce hospitalité : un soleil dont les ardeurs rappelaient celles de l'Orient, les mêmes flots bleus et tranquilles qui baignaient le littoral palestinien, l'olivier, la vigne, le mûrier, et la bienveillance des habitants , tout avait contribué à les fixer dans un pays riche entre tous. Aussi , à l'époque où nous sommes parvenu , ce n'est pas
venu le nom de Vaudois? Comment surtout expliquer le silence des dix premiers siècles chrétiens au sujet d'une église honorée de l'apostolat de saint Paul?
Concluons donc avec Jean Laurent (Moshem , Inst. eccl. sœc. xii, p. il, cap. v, n° 11. ), que nous ne pouvons pas croire à la vérité de faits historiques qui ne sont affirmés par aucun contemporain et que le besoin d'avoir raison a seul fait passer dans l'histoire.
Palma : Prœlect. Hist. eccl., t. II, p. 278 ; Rome , 1848.