DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV
eux, et ainsi ils furent pour eux un appoint considérable. On vit alors se reproduire en France le phénomène moral qui s'était déjà produit au IIIe siècle. Le Manichéisme, après quelques années à peine d'une vie qui n'aurait dû être qu'éphémère, absorba dans son sein toutes les hérésies; de même au xiie siècle, les néo-Manichéens prédominèrent tellement qu'ils appelèrent à eux les disciples de Pierre de Bruys, ceux de Valdo , les Passagins, les Arnaudistes, toutes les erreurs, tous les esprits indécis, tous les mécontents . En lui toutes les forces hostiles à l'Église se réunirent pour tenter un suprême effort : la barque de Pierre semblait donc comme accablée de toutes parts (1).
(1) Pour en finir avec la question des Vaudois , nous devons réfuter les raisons que mettent en avant ceux qui les confondent avec les Albigeois.
Peyranius dit : « Nous avons plusieurs livres authentiques, contenant la doctrine des Vaudois et plus anciens que Valdus. Dans le Traité de l'Antéchrist, écrit en 1120, nous lisons la cause pour laquelle les Vaudois se séparèrent de l'Église. Donc Valdus , qui a vécu vers 1170, n'est pas le fondateur de la secte. Dans un autre livre de 1100, La nobla Leizon , le mot de Vaudois désigne un homme probe, faisant profession de vertu. »
Nous répondons : tout cela, serait-il vrai, ne prouve point votre thèse, car les Manichéens parurent en France avant 1100. Mais, de plus, les faits sur lesquels Peyranius s'appuie ne sont point prouvés. Mustonius n'affirme-t-il pas qu'on n'a pas d'argument certain qui démontre l'authenticité du Traité de V Antéchrist? Perin, qui a écrit une
Les Juifs eux-mêmes, ces vieux ennemis de l'Eglise, contribuaient pour leur part à l'amoindrir et à la perdre dans l'esprit des peuples.
Nous lavons dit : c'est l'homogénéité des pen-
histoire des Vaudois, assure que Pierre de Bruys en est l'auteur, et Gharvaze croit que ce livre ne fut pas de composition Vaudoise, mais Cathare , c'est-à-dire Manichéenne, ce qui est plus vraisemblable.
Le manuscrit La nobla heizon constitue-t-il une preuve plus forte ? Non , puisque les plus habiles disent qu'il remonte au plus tardauxir3 siècle.
V Almanaccum spirituale et le Confessionem fidei, composés en 11'iO, ne sont pas d'une plus grande valeur: Mustonius les regarde comme interpoles.
Reinerius (Cont. Waldenses), fait remonter les Vaudois au temps du Pape saint Silvestre (335). Mais on sera bien forcé d'avouer que la preuve qu'il en donne n'est pas concluante. «Les Vaudois prétendent , dit-il, que l'Église romaine n'est pas l'église de Jésus-Christ, qu'elle déchut au temps du Pape Silvestre, quand le venin des affaires temporelles s'infusa dans sa vie. Mais, pour eux , ils se disent la véritable église du Christ, car ils observent la doctrine du Christ, de l'Évangile et des Apôtres, en parole et en vérité. » Parce que , d'après les Vaudois, l'Église romaine tomba au temps de saint Silvestre et parce que les Vaudois disaient la remplacer , peut-on conclure que ceux-ci remontent au ive siècle ?
Peyranius fait un autre raisonnement. Un homme, dit-il, qui a eu tant de noms , — on l'appelait en elfet Waldius, Waldensis, Waldensius et Bal do, — ou n'a pas existé ou n'a pas formé la secte des Vaudois.
Mais quel obstacle voit-on à ce qu'un homme , qui a eu plusieurs noms , soit le chef d'une secte ?