‹ Les AlbigeoisChapitre 167 sur 313 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Extension des Albigeois au XIIe siècle. — Premières prédications : Robert d' Arbrissel, Raoul Ardent. — Première légation et première mission : le cardinal Albéric, saint Bernard.

Les doctrines albigeoises, entrant sur un terrain si bien préparé, ne pouvaient que s'étendre rapidement. Au reste, les sectaires employèrent, pour entraîner le peuple, tous les moyens quun ardent fanatisme leur inspirait. En parcourant le Liber confessionurn, on saisit sur le fait cette intempérance coupable de prosélytisme. Tantôt ils employaient les voies de la persuasion, exhortant ceux qu'ils voulaient gagner à renoncer aux plaisirs et aux amitiés de ce monde ou , suivant leur langage, à aimer Dieu ; tantôt ils appelaient à eux par l'appât d'un cadeau ou de quelque profit pécuniaire. L'âge le plus tendre n'était pas à l'abri de leurs séductions ; ici c'était un garçon de sept ans qu'ils avaient détourné du bien , et que sa mère venait leur arracher en l'entraînant par les cheveux. Là, c'était une jeune fille , qu'une mère , fanatisée par

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eux, rouait de coups pour la contraindre à se déclarer hérétique (1).

« Apprenaient-ils qu'il y avait quelque part un malade, ils accouraient à son chevet, pour le solliciter de recevoir le Consolamentum et obtenir de lui le legs qui en était la rémunération » (2).

Cette ardeur de prosélytisme , la nouveauté, l'entraînement général, ces causes multiples et diverses que nous venons d'étudier , tout rendit les Albigeois agréables aux populations du Midi , qui ne virent pas que si le zèle des Parfaits et des Ministres était si actif, c'était surtout parce qu'il était intéressé. Le motif d'intérêt est peutêtre la raison pour laquelle tant de Parfaits et tant de Ministres firent des efforts merveilleux pour donner à la secte de nombreux adhérents.

(1) Lib. Conf., f° 20 et 42.

(2) M. Dulaurier, Op. cit.

M. Schmidt a publié pour la première fois un document , court à la vérité , mais qui fait bien connaître les ruses et les vices des Albigeois. Le voici :

« Est excecatus haereticus et reprobatus , Pestifer, inflatus , mendax , laqueis cumulatus ; Est excecatus , anathemate commaculatus , Faex depravatus , variis sectis agitatus ; Est quia veneratus livore rimis stimulatus , Est adunatus rétro , confisus , maie natus ; Martir mactatus satanae, lupus est sceleratus , Brutum, damnatus, cupidus, citô prœcipitatus. » Archives de VInquis.de Carcassonne, Doat, xxxvi, f° 35.

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Nous lavons déjà vu, l'amour du gain les entraînait. Guillaume de Puylaurens raconte que lors du siège de Lavaur par Simon de Montfort, les Albigeois, surtout les Parfaits et les Ministres, se transportèrent en foule dans la ville, malgré le grand nombre de ceux qui s'y trouvaient déjà. Pourquoi? « Dans l'espérance que plusieurs y seraient frappés, desquels ils se saisiraient pour avoir leur argent, ainsi que je le tiens d'une personne bien instruite ; car, à l'aide de mots convenus , ils trafiquaient de tout , même de leurs croyants » (1).

Quoi qu'il en soit du motif qui inspirait leur conduite, il est certain qu'ils acquirent bien vite une importance considérable. Ce fait a été constaté par tous les historiens. L'ancien Albigeois était borné au nord et à l'ouest par le Rouergue, au midi par le Toulousain et à l'est par le Quercy. Il avait environ quatre-vingt - seize kilomètres de longueur , sur une largeur à peu près égale , et se composait des deux diocèses d'Albi et de Castres (2). Mais il ne faut pas croire que l'hérésie, quoique connue sous le nom d'hérésie des Albigeois, fût enfermée dans ce cercle étroit. Quand les croisés arrivèrent dans le Midi (1208), ils comprirent, sous le nom de pays des Albigeois, outre

(1) Guil. de Puylaurens , Chron., chap. xvi.

(2) Guilbert , Histoire des villes de France , Albi.

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