DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V
les diocèses d'Albi et de Castres, les diocèses de Saint-Papoul et de Lavaur. Pourquoi? parce que Thérésie y prédominait. Innocent III , prêchant la croisade, adressa sa lettre aux nobles hommes, comtes, barons et tous chevaliers établis clans les provinces de Narbonne, d'Arles, d'Embrun, d'Aix et de Vienne. Nous pouvons donc supposer avec raison que le néo-Manichéisme avait envahi tous ces pays. Effectivement, il régnait presque en souverain depuis le Rhône jusqu'à la Garonne; seulement , nous devons constater qu'il était plus répandu et plus influent sur les bords de la Garonne , dans le pays de Toulouse , qui était devenu son siège principal, sa capitale. Il suffit, pour s'en convaincre , d'examiner la délimitation des êvêchés albigeois. Elle fut déterminée, pour la première fois, dans le Languedoc, parle synode hérétique tenu à Saint -Félix- de - Caraman , en 1167 (1). L'Eglise albigeoise compta six diocèses : celui de Toulouse, celui d'Agen, celui d'Albi, celui de Carcassonne, celui du Val-d'Aran dans le comté de Comminges, celui de Rodez ou du Lauragais (2).
Il était donc temps que l'Eglise interposât son autorité suprême , pour arrêter les progrès d'une
(1) h. Bouquet, Hist. des Gaules et de la France, t. xiv, p. 448. — Besse , Histoire des ducs, marquis et comtes de Narbonne, p. 483.
(2) Voir, Pièces justificatives , N° 4.
hérésie qui, loin d'en être à sa naissance, menaçait déjà l'ordre religieux et Tordre social ; car, comme Fa dit M. Dulaurier : « Le dogme fondamental de l'Albigêisme était le produit d'une conception incomplète et fausse de la création et de la constitution de ce monde , et de l'être toutpuissant dont il est l'ouvrage et qui le gouverne, de la nature et des destinées de l'homme. Il avait la prétention d'être un christianisme perfectionné, une révélation supérieure, et il était la négation de la vraie religion du Christ, dont il détruisait toute l'économie. 11 avait remplacé par des mythes, produit d'une imagination enfantine, la tradition de la chute de l'homme primitif et le dogme du péché originel, et celui qui en est le corollaire obligé , le dogme de la Rédemption opérée par un médiateur divin. 11 déclarait les sacrements de l'Eglise inutiles au salut, et les considérait comme une vaine formalité (1). La sanctification du dimanche était abolie , et les autres fêtes chrétiennes supprimées ou détournées de leur véritable sens. La morale ne reposait que sur les pratiques d'un ascétisme matériel et exagéré, et n'avait en vue ni la satisfaction due à Dieu, ni celle que réclame la conscience ; en niant le libre arbitre , il anéantissait la liberté humaine ,
(1) Lib. Conf., fo 9.