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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE V

les populations égarées. Il fallait un homme à la fois habile, éloquent et vertueux. Le choix tomba sur Albéric, cardinal-évêque cTOstie. Le choix d'un cardinal montrait seul l'importance de la légation. Mais Albéric, malgré son savoir, malgré l'expérience d'une longue vie consacrée au service de l'Église, malgré ses vertus et sa haute dignité, n'écoutant que sa modestie, se crut impuissant à réaliser par lui seul les espérances du Pontife. Il accepta l'honneur de cette difficile mission, mais il choisit pour i'aider deux hommes d'un mérite reconnu, l'évêquede Chartres et l'abbé de Clairvaux, Geoffroy et saint Bernard. Saint Bernard à son tour prit avec lui un de ses moines, qui avait toute sa confiance, qui plus tard écrivit sa vie, et qui nous a laissé le détail de la première grande mission du Midi (1).

Dans la pensée du légat, saint Bernard, si connu pour son éloquence douce, persuasive, entraînante, était destiné au ministère de la parole.

Avant de partir pour cette mission , l'abbé de Clairvaux, qui croyait qu'il ne faut en rien négliger les causes secondes, voulut, pour ainsi dire , se préparer les voies. Il écrivit donc à Alphonse , comte de Saint-Gilles , une lettre qui lui annonçait son voyage, et qui nous signale,

(1) C'est le moine Geoffroy.

à côté de Pierre de Bruys, un autre perturbateur public.

« Combien de mal l'hérétique Henri n'a-t-il pas fait et ne fait-il pas tous les jours? s écriait le saint. Loup ravisseur, il se cache dans vos contrées sous le vêtement des brebis. Mais, selon la parole du Seigneur, nous le connaissons encore aux fruits qu'il a produits. Les églises sont sans fidèles, les fidèles sans prêtres, les prêtres sans respect, enfin les chrétiens sans Christ. Les églises sont regardées comme des synagogues ; le sanctuaire n'est plus réputé saint, et les sacrements ne sont plus regardés comme sacrés. Il n'y a plus de solennités ni de jours de fêtes. Les âmes meurent dans le péché. Elles paraissent au tribunal redoutable, hélas ! sans être réconciliées par la pénitence et sans être munies delà communion sainte. La vie du Christ est fermée aux enfants : on leur refuse le baptême ; il ne leur est pas permis d'aller au salut, alors que le Christ crie pour eux : « Laissez les enfants venir à moi ! »

» 0 douleur ! l'hérétique est écouté du grand nombre ; il a son peuple qui croit en lui. 0 peuple malheureux! A la voix d'un seul, se sont tues toutes les voix des Prophètes et des Apôtres qui , pour unir toutes les nations, dans l'unité de la foi du Christ, ont chanté dans un même esprit de vérité. Donc les oracles divins se sont trompés !

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