PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE
de Scythien, dont il était à la fois l'esclave et le disciple. Scythien demeura longtemps à Alexandrie, où il travailla à étendre ses connaissances auprès des maîtres de la fameuse école de cette ville. Plus tard, il fit un voyage en Judée; mais à peine y arriva-t-il, qu'il y finit ses jours. Térébinthe, après lui avoir rendu les derniers devoirs , se retira dans le pays du Tigre et de l'Euphrate.
En changeant de pays , Térébinthe changea aussi de nom; il prit celui de Buddas (1). Mais il ne perdit pas son temps. « Il y disputa sans cesse avec un prophète des Perses, nommé Parcus, et avec Labdacus, prêtre de Mithra. Leurs disputes * avaient pour objet ce qui existait avant la création du monde, le soleil, la lune, le lieu où vont les âmes des morts, la manière dont elles y sont transportées, et enfin la guerre que les puissances avaient faite à Dieu » (2). D'après Plutarque, « les Perses enseignaient, en effet, qu'il y a deux dieux opposés et rivaux l'un de l'autre : l'un, qu'ils appelaient le Dieu bon, ou auteur des biens ; l'autre , le Dieu
(1) Saint Epiphane dit qu'il changea de nom pour ne pas être reconnu, car il s'était emparé de tout l'or de son maître ; saint Cyrille, parce qu'il était déjà connu comme hérétique sous le nom de Térébinthe ; d'autres, parce que dans la langue chaldéenne, Boutena ou Boutam, d'où les Grecs auraient fait Buddas, désigne le térébinthe. (Bochard, Geog. sac, p. n, c. 28.)
(2) Actes de la dispute d'Archélaûs.
mauvais, ou auteur des maux (1). Ainsi Buddas se raffermit dans les doctrines qu'il avait reçues de Scythien.
Mais il mourut avant d'avoir vu les immenses progrès que les doctrines dualistes vont faire ; car le temps n'est pas encore venu où saint Grégoire de Nazianze pourra s'écrier avec une sorte d'illusion : « 11 y a longtemps que le calme a succédé aux tempêtes 3xcitées par les hérésies des Simon, des Marcion, des Valentin, des Basilide , des Cerdon, des Cerinthe , des Carpocrate ; il y a longtemps que leurs monstrueuses erreurs sont abolies , et qu'après avoir divisé le Dieu souverain et fait la guerre au Créateur en faveur du Dieu bon, leurs impiétés ont eu le sort qu'elles méritaient , d'être englouties dans l'abîme et ensevelies dans le silence » (2) .
Le calme et la paix tarderont longtemps à s'établir. Les facilités du commerce oriental , la fausse estime et la diffusion des doctrines orientales, la fréquence des voyages, l'indécision même d'un grand nombre d'esprits , flottant encore entre le
(1) Isis et Osiris. Cf. Agathias , Hist. Justin, lib. Il, d'après lequel les Perses étaient dualistes , reconnaissaient deux principes : l'un , qui est bon et qui produit tous les biens ; l'autre, qui est mauvais et produit tous les maux.
(2) Orat. xxin.
l'UOllÈRU PARTIE.