PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I
y ont vu désignée la patrie de Manès , regardé longtemps comme scythe d'origine.
C'est vers le milieu du 111e siècle que Scythien semble avoir vécu. Il aurait été contemporain de Manès et aurait eu des relations avec lui. Il serait né dans la Sarracène d'Arabie, qui avoisine la Chaldée, car il y avait deux Sarracène : l'une regardant l'Egypte, et l'autre la Chaldée (1). Saint Cyrille (2), saint Épiphane (3), Socrate (4) l'appellent le Sarrasin. Il fut d'abord élevé sur les frontières mêmes de la Palestine ; dans la suite, il apprit la langue et la science des Grecs, et bientôt il sut la médecine, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie. Mais il ne se borna pas aux sciences grecques. Nous savons par Eusèbe (5) que les peuples de la Sarracène avaient un commerce très-étendu. Scythien, qui disposait d'une grande fortune, fit un voyage dans les Indes- Orientales, dont il emporta avec les marchandises les erreurs religieuses. On sait qu'il fut imité plus tard par le célèbre chrétien Cosmas , égyptien d'origine, et surnommé YIndicopleustès.
(1) Ptolémée et Pline, cités par Ortelius Thésaurus géographie. Anv. 1577.
(2) Catech., vi, n. 22.
(3) Hœres., lxvi, n. 1.
(4) Hist., lib. i, c. 22.
(5) Comment, in Isdiam , lin, 19, 20, dans la coll. Montfaucon, t. n.
Il paraît que Scythien avait d'abord fait profession de curistianisme ; niais aristotélicien en philosophie, il admettait l'éternité de la matière: c'est peut-être la raison pour laquelle il se sépara de l'Eglise; Arckèlaùs assure que ce fut par dépit de ne pas avoir pu arriver à Tépiscopat. Il est probable que si ce motif, assez misérable, entra dans sa détermination, il ne fut ni le seul ni le principal. Les doctrines de l'Orient où il était né, où il avait été élevé, où il avait voyagé longtemps, ébranlèrent dans son esprit les enseignements évangéliques. Manès n'eut. qu'à se présenter, avec les séductions de son génie, pour vaincre ses dernières hésitations.
Saint Cyrille de Jérusalem (l), saint Épiphane (2), attribuent à Scythien les quatre ouvrages suivants, dont il ne reste plus que les titres : Des Mystères, le Chapitre, l'Evangile, le Trésor. Socrate (3) , Suidas , Cédrène , Tollius Zaccagni disent que Térébinthe , disciple et héritier de Scythien, en fut Fauteur. Manès se servira de ces livres : ses disciples mêmes les liront sous son nom.
Térébinthe avait acquis quelque science auprès
(1) Catech. 6. n. 22.
(2) H^rres., lxvi, n. 3.
(3) Lib. i, cap. 22. — Cf. Act ts d" Archèlaùs, donnés par Fabricius à Hambourg, 1716.