DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VI
Gaucelin s'engagea à porter la cause devant la cour du pape, du roi de France , du comte de Toulouse ou de Raymond Trencavel , vicomte de Béziers, qui était là présent, et à se soumettre à la sentence. C'était la défaite même des hérétiques, qui, se ravisant, en appelèrent aussitôt à un autre jugement : « Braves gens, dirent-ils en se tournant vers le peuple, écoutez . Nous croyons en un seul Dieu, vivant et vrai, trine et un, Père, Fils et Saint-Esprit ; nous croyons que le Fils de Dieu a pris la chair ; qu'il a été baptisé dans le Jourdain ; qu'il a jeûné clans le désert, a prêché notre salut, a souffert, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, a envoyé le Saint-Esprit à ses Apôtres le jour de la Pentecôte; qu'il viendra, au jour du jugement, juger les vivants et les morts; que tous ressusciteront. Nous reconnaissons que ce que nous croyons de cœur, nous devons le confesser de bouche. Nous croyons que celui-là n'est pas sauvé qui ne mange pas le corps du Christ ; qu'on ne consacre que dans l'église et que par le prêtre^ qu'il soit bon ou non. Nous croyons que nul n'est sauvé que par le baptême , que les enfants sont sauvés par le baptême. Nous croyons aussi que l'homme et la femme sont sauvés , même après un commerce charnel. Et si , dans l'Eglise , on pouvait encore montrer par l'Evangile autre chose
à croire, nous le croirions et le confesserions également. »
Gaucelin soupçonna la sincérité de cette volteface subite, et leur demanda de jurer que telle était leur foi. Mais ils répondirent qu'ils ne le feraient jamais, alors même qu'on leur montrerait par l'Evangile qu'ils le pouvaient et le devaient. Devant un tel refus, Gaucelin les condamna; mais comme ils disaient, pour expliquer leur conduite, que l'évêque d'Albi leur avait donné l'assurance de ne pas les faire jurer, celui-ci, s'étant levé, s'écria : « La sentence que vient de porter Gaucelin, évêque de Lodève, je la confirme et l'approuve ; elle est donnée par mon ordre. »
Cette sentence fut suivie de vingt-deux signatures, tant des ecclésiastiques que des laïques, parmi lesquelles nous signalerons celle de Raymond Trencavel , vicomte de Béziers , le plus puissant et le plus résolu des laïques présents à Lombers , qui souscrivit ainsi : « Moi Trencavel , vicomte, comme il a été jugé en ma présence, je loue et affirme » (1).
Le Concile de Lombers, avant de se séparer, désigna sept monastères qui devaient recevoir à pénitence les hérétiques convertis. C'étaient les monastères de Sérinhan (2), de Saint-Maximin
(1) Voir, Pièces justificatives , N° 8.
(2) Distinct de Sérignan , près Béziers, et de Sérinan , dans le Termenois.