DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI
Quant aux soldats, ils ne voulurent point parler, parce que saint Jacques ne fait mention que des malades.
11 leur demanda aussi si la seule contrition du cœur et la confession de bouche suffisaient, ou bien s'il était nécessaire de faire satisfaction, après la pénitence donnée , pleurant les péchés par des jeûnes, des mortifications, des aumônes. Ils répondirent et prostestèrent que saint Jacques disait qu'on devait se confesser , et qu'ainsi on serait sauvé ; qu'ils ne voulaient pas être meilleurs que l'Apôtre, pour ajouter quelque chose à la foi de leur propre autorité, comme font les évêques. Quoiqu'ils n'eussent pas été interrogés sur ces divers points , ils dirent qu'il n'est pas permis de jurer par quelque chose de sacré. Ils dirent aussi que saint Paul, dans son épitre, faisait connaître quels étaient ceux qui dans l'Eglise devaient être ordonnés évêques et prêtres ; que s'ils n'étaient pas tels que le demandait l'Apôtre , ils n'étaient ni évêques ni prêtres , mais des1 loups ravisseurs , des hypocrites et des séducteurs , aimant les salutations sur les places publiques, les premiers honneurs, les premières places dans les festins , se faisant appeler seigneurs et maîtres , revêtus d'habits éclatants de blancheur , avant à leurs doigts des anneaux d'or , toutes ces choses que Jésus leur maître ne leur commande pas ; que,
puisqu'ils n étaient ni évêques ni prêtres, si ce n'est des prêtres comme ceux qui trahirent Jésus , on ne devait pas leur obéir , car ils étaient docteurs du mal et mercenaires.
Pons, archevêque de Narbonne, Arnald, évêque de Nimes, Pierre, abbé de Sendrac , l'abbé de Fonfroide opposèrent à toutes ces violences des autorités prises du Nouveau Testament. Quand la défense de Tune et de l'autre partie eut été entendue, l'évêque de Lodève, à l'ordre de l'évêque d'Albi et de ses assesseurs, au milieu du plus profond silence, porta, en s'appuyant sur le Nouveau Testament , cette sentence définitive : « Moi Gaucelin, évêque de Lodève, d'après l'ordre de l'évêque d'Albi et de ses assesseurs, je juge que ceux qui se font appeler Bonshommes sont des hérétiques ; je condamne la secte d'Olivier et de ses compagnons, et tous ceux qui font partie de la secte des hérétiques de Lombers, où qu'ils soient. Nous portons ce jugement d'après l'autorité du Nouveau Testament , c'est-à-dire des Evangiles , des Actes des Apôtres et de l'Apocalypse. » Et poursuivant, il allégua sur chacun des points discutés l'autorité même du Nouveau Testament.
Les hérétiques répondirent par une fin de non recevoir à cette forteetvigoureuseargumentation ; ils dirent que Gaucelin lui-même était hérétique, et qu'ainsi son jugement n'avait aucune valeur.