DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII
détruire l'effet de la réunion de Lombers et se réhabiliter dans l'opinion. C'était, au reste, une entreprise facile.
L'esprit de « vertige et d'erreur» était partout. Chacun se crut humilié par l'humiliation même de ses chefs; et, comme cela arrive toutes les fois que le peuple sort des voies calmes et pacifiques du bien, une sourde colère, à laquelle l'audace promettait de ne pas manquer, éveillait avec les passions religieuses les sentiments d'une vengeance implacable. L'assemblée de Lombers eut peut-être l'avantage de faire connaître leurs droits et leur force aux quelques fidèles qui restaient encore ; mais en groupant les nouveaux hérétiques qui s'enhardissaient tous les jours de leurs succès dans le Languedoc et de l'influence de plus en plus étendue de leurs frères étrangers en Italie et en Allemagne, elle les força de se compter et de resserrer leurs liens d'union , pour ce qu'ils appelaient un malheur commun.
Pour comprendre combien cette influence acquise par leurs frères étrangers contribua à leur donner de l'audace, il importe d'en dire un mot.
Le centre et le nord de la France avaient entendu, souvent déjà, les prédications des missionnaires dualistes. Ainsi Hugues de Saint-Pierre (1)
(1) Aug. Thierry, Hist. de la commune de Vézelay.
prêcha l'hérésie en même temps que la liberté civile. Deux des nouveaux prédicants parcoururent la Bourgogne. ABesançon, un extérieur austère et recueilli leur valut un instant la confiance du peuple; mais bientôt, reconnus comme des loups ravisseurs et non comme des apôtres de vérité, ils furent brûlés par ordre de l'êvêque. Dans la Champagne, l'Église hérétique de Montwimer s'enveloppa de mystères; mais elle épuisa sa force et trouva sa sécurité dans le silence même qui se fit autour de cette place réputée imprenable , et qui sera plus tard un des derniers remparts de l'hérésie. Cette Église était florissante.
Reims eut aussi une communauté hérétique, qui resta longtemps secrète ; on n'en découvrit que deux membres : c'étaient deux femmes ; elles furent brûlées. La partie flamande du diocèse était particulièrement envahie par les hérétiques. En 1162, trois ans avant l'assemblée de Lombers, Henri, archevêque de Reims, avait fait condamner plusieurs Flamands comme coupables d'hérésie. Mais ceux-ci en avaient appelé à Alexandre 111 qui était alors à Tours , et le pape les avait envoyés absous et avait conseillé en même temps à Henri la modération et la prudence. De l'aveu même de M. Schmidt, cette modération, peut-être surprise, du pape ne fut pas le moyen d'extirper de la Flandre l'hérésie qui la décimait. Frumald, évê-