DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VU
que d'Arras, eut la douleur de trouver à côté des fidèles de son Eglise un grand nombre de disciples de Manès : quatre lui furent d'abord dénoncés et traduits devant Guillaume ; ceux-ci plus tard firent connaître d'autres hérétiques. L'état devint si grave , que Philippe de Flandre ne put s'empêcher d'y voir un danger social : il chassa ces impies qui menaçaient la liberté de son peuple. L'hérésie ne fut pas cependant étouffée. A l'époque du Concile de Lombers , elle prit même un nouvel essor , si bien qu'Evrard de Béthune crut , en la réfutant , accomplir un grand devoir. Les hérétiques du Midi virent dans cette résurrection un nouvel encouragement.
Au reste, les Cathares de la Flandre n'avaient pas perdu leur temps. Obligés de s'expatrier, ils avaient , d'une part , traversé le détroit et fait une descente en Angleterre, et , d'autre part , ils s'étaient mêlés aux Cathares d'Allemagne, pour travailler avec eux à l'oeuvre qui les unissait. Vers 1160, Gérard et plusieurs autres, fuyant la terre inhospitalière de la Flandre, étaient passés en Angleterre. Il était parvenu à former autour de lui un petit troupeau qu'il réunissait à Oxfort.
L'Allemagne ne reçut pas seulement les prédicateurs venus de la Flandre: la Hongrie d'abord, l'Italie ensuite envoyèrent des partisans. Vers 1 150 on trouva des Cathares en Suisse, en Bavière,
en Souabe, en Saxe. Cependant les dualistes semblèrent se masser principalement du côté du Rhin. Ils étaient, en effet, nombreux à Cologne et à Bonn. A Bonn, leurs chefs Arnold, Théodoric et Marsilius jouirent d'un assez grand crédit. Les savants Eckbert et Bertolphe engagèrent avec eux des discussions publiques, dans le genre de celles de Lombers et pour le même but : connaître, faire connaître leurs doctrines et anéantir leur influence. C'est surtout sous l'archevêque Réginald que les sectaires firent sentir leur puissance: on dut réprimer leurs excès. Mais, même après la répression, ils n'en continuèrent pas moins leurs assemblées secrètes , comme si l'avenir leur était assuré.
Tels étaient les progrès de la secte en Europe.
Les Albigeois ne l'ignoraient pas. Us entendaient, au contraire, tous les jours, célébrer le zèle des nouveaux prêdicants et la docilité des peuples, par ceux des principaux agents de la secte qui allaient des bords du Danube aux bords du Pô, des bords du Rhône et de la Garonne jusqu'aux rives du Rhin, pour soutenir de leur parole ou même de leur argent la foi encore tiède de leurs premiers disciples. Le Midi était pour les dualistes une contrée particulièrement chère, parce qu'ils y étaient plus favorablement accueillis qu'ailleurs. 11 était visible qu'il tendait même à devenir la province