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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII

avait reconnu hautement le pouvoir du chef de l'Église. Il était de ces hommes dont l'esprit tranquille hésite parfois, ou plutôt temporise, mais qui, une résolution prise, mettent tout en œuvre pour l'accomplir. Aussi, dans sa pensée, comme pour préluder à l'expédition de la Terre-Sainte, les rois de France et d'Angleterre viendraient en personne exterminer les hérétiques de ses états , et lui donneraient ainsi la liberté de les suivre à la croisade. Telle fut la première pensée de Raymond ; il la communiqua à ses royaux alliés, qui l'approuvèrent. Cependant les conseils de la persuasion et de la douceur l'emportèrent d'abord. On se souvenait encore de la mission de saint Bernard, et on espéra qu'une seconde mission, prêchée par des hommes d'un vrai mérite, ramènerait les égarés : ce projet parut le meilleur, le plus prudent, le plus chrétien. On le fît connaître aussitôt à Alexandre 111, non-seulement pour solliciter son approbation et sa bénédiction apostolique, mais encore pour le prier d'envoyer dans le Languedoc, comme légat, un prélat prudent et éclairé, dont la seule présence serait de nature à faire impression sur les habitants du Midi, et qui par ses conseils soutiendrait l'action des missionnaires et des deux rois d'Angleterre et de France. Alexandre 111 , qui malgré les embarras de toute sorte suscités contre lui parOctavien, n'avait pas oublié

le Languedoc, auquel il s'était vivement intéressé pendant son séjour en France, choisit pour cette légation importante Pierre, cardinal du titre de Saint-Chrysogone.

Pierre n'était pas un étranger pour la France. Abbé d'abord, puis évêque de Meaux, il avait acquis l'estime du Saint-Père pendant le séjour de celui-ci en France ; ensuite cardinal et évêque de Tusculum, il avait été, en 1174, nommé légat du Saint-Siège en France (1). Il remplissait donc depuis trois ans les fonctions de légat, quand il dut s'occuper des affaires du Languedoc. C'est ainsi, qu'en réalité, la légation du Languedoc ne fut pas une légation nouvelle , mais l'extension d'une légation existant déjà. Alexandre III écrivit de sa propre main des lettres nombreuses pour recommander son légat : il manifestait l'estime la plus profonde pour son talent et sa sagesse (2).

Il paraît cependant que les contradictions, l'opposition et même l'hostilité ne manquèrent point à Pierre de Saint-Chrysogone. Plusieurs accusations

(1) Le pape, pendant son séjour en France, se montra très-bienveillant surtout pour les écoles de Paris. Il récompensa les premiers talents qui avaient éclaté dans ces écoles par les plus hautes dignités ecclésiastiques. — Hist. lit. de la France.

(2) Lett. à PArch. de Lyon, ap. Labbe, Conc., x, 1292; — à l'Arch. de Bourges , ibid., 1293 ; — à tous les fidèles

e France , ibid.. 1293.

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