‹ Les AlbigeoisChapitre 195 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE Vil

corps leur donnera seul un salutaire avertissement. C'est pourquoi j'ai voulu décider le roi des Français à venir accomplir cette œuvre. Toutes mes villes lui seront ouvertes ; les bourgs et les châteaux seront soumis à sa justice ; je mettrai devant lui les hérétiques à découvert, et je lui prêterai mainforte pour détruire tous ces ennemis et ces adversaires du Christ » ( 1 ) .

Cette lettre était adressée à Henri, abbé de Clairvaux ; Raymond espérait de lui les mêmes secours qu'au temps de saint Bernard. Cet espoir

(4) « Qui sacerdotio funguntur, hseresis fœditate depravantur, et antiqua olimque veneranda ecclesiarum loca inculta jacent, dîruta rémanent; baptismus negatur , Eucharistia abominatur , pœnitentia parvi penditur, hominis plasmatio, carnis resurrectio abnegando respuitur, et omnia ecclesiastica sacramenta annullantur, et, quod dici

nefasest, duo etiam sacramenta introducuntur Scitote

quia in tantum hœresis virulenta inviscerata remanet, quod nisi manu Dei valida, ejusque brachio extento extirpari non potest. Talium namque caput induratum quasi lapis manet, ut in stipulam ei fundantur lapides fundse. Quoniam igitur spiritualis gladii virlutem nihil pf;rficere posse cognoscimus , ad tantam hseresis pravitatem extirpandam , oportet ut corporalis gladii animadversione compellatur. Ad quodperagendum dominum regem Francorum accersiri vestris ex partibus persuadeo, quia per ipsius prœsentiam tantamala finem suscipere suspicor. Ipsi quippe praesenti civitates aperiam ; vicos et castella sub ejus censura tradam , hsereticos ostendam , et usque ad sanguinem in quocumque indiguerit negotio , ad conterendos hostes et. omnes Christi inimicos il 1 i assistam. »

était fondé, car Henri jouissait d'une grande renommée de vertu. Il était sorti d'une famille noble qui habitait le château de Marcy, près de Cluny ; mais il était plus noble par ses vertus que par son sang (1). Encore enfant, il était entré à Clairvaux; il y avait passé les premières années de sa profession avec tant de ferveur et d'innocence , que ses frères lui trouvaient la maturité du vieillard. En 1160, il avait été élu abbé de Haute- Combe, dans la Savoie. L'abbé Fasfrède avait montré par ce choix combien il savait apprécier les hommes, car Henri remplit ses nouvelles fonctions à la satisfaction et à la joie de l'ordre tout entier. En 1176, il fut choisi pour être abbé de Clairvaux. 11 était donc à Clairvaux depuis un an seulement, quand il reçut le message de Raymond V. Les malheurs qui désolaient les terres du comte de Toulouse l'émurent vivement : il promit de se joindre au roi de France et au roi d'Angleterre. Le comte de Toulouse, à la vérité, après avoir reconnu le pape Alexandre III, s'était engagé à faire le voyage de Terre- Sainte avec le roi d'Angleterre et le roi de France; mais comment quitter ses propres états , infestés de l'hérésie ! Toutefois il l'avait promis, au moment même où , renonçant à ses préférences personnelles , il

(1) Grand exorde de Cîteaux.

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