DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIII
sa parole à Faction naturellement plus vigoureuse du légat Pierre de Saint-Chrysogone. Avant qu'il ne quittât le Languedoc, Tévêque de Toulouse étant mort, il avait été signalé comme digne, nonseulement de le remplacer, mais encore d'occuper une dignité qui, à Toulouse, par la prudence et surtout par la sainteté du titulaire, était appelée à ramener des hérétiques décidés à tout oser pour faire prévaloir leurs opinions. Mais Henri avait décliné cette offre si flatteuse , et avait écrit au pape une lettre tout apostolique, où il se montrait tel qu'il était dans son caractère et sa vertu . défiant de lui-même, humble, réservé (1).
En même temps, Henri écrivait au roi de France, Louis-le-Jeune, pour le supplier de défendre sa cause, ainsi qu a Pierre de Celle, abbé de Saint-Remi de Reims, pour lui demander de joindre ses instances aux siennes (2).
Le coup tant redouté par Henri fut éloigné pour cette fois. 11 nen était pas moins, dans les circonstances présentes, l'homme le plus digne de défendre la cause de l'Eglise contre les attaques des Albigeois. Aussi à peine fut-il arrivé à Rome, que le second jour du concile il fut créé évêque
(1) D. Teissier, BB. Pat. Cist., t. m, p. 252. Patrol. éd. Migne, t. cciv, col. 217.
(2) Voir ces lettres clans la BB. PP. Gist.,t. m, p. 253. Petr. Cell. lib. vin , ep. 8.
i22 LES ALBIGEOIS.
cTAlbano et cardinal (1) ; aussitôt après le concile il fut nommé légat en France (2).
Les évêques du Midi n'avaient pas attendu l'arrivée du nouveau légat pour montrer leur zèle à appliquer le canon du concile. M. Schmidt affirme que Pons de Narbonne excommunia le vicomte de Béziers. Philippe- Auguste lui-même porta des édits sévères contre les Poblicans.
Le légat devait cependant rencontrer de trésgrands obstacles; en réalité, ils se multipliaient tous les jours : c'était , d'une part , le peuple du Languedoc que l'on avait perverti ; c'était , d'autre part, la noblesse : parmi les seigneurs, les uns ne cherchaient que les aventures guerrières ; les autres, corrompus, croyaient trouver une excuse à leurs vices dans l'hérésie ; le plus grand nombre suivaient les exemples de l'amitié , les conseils de la famille ou de leur amour-propre blessé. C'était enfin le clergé qui, depuis un siècle, avait beaucoup perdu de son autorité , et qui , depuis saint Grégoire VU , ne la reprenait qu'avec une lenteur
(1) « Ab Alexandre* III invitus consecratus est episcopus Gard. Albanensis, die 2, ex quo concilium lateranense cœperat celebrari , an. 1179, idibus martii. » (Ughelli , Italia sacra, I, 254, in Episcop. Alban.)
(2) Chron. Trou., ad annum 1181 , dans Martène et Durand, t. v, col. 1023. ^~ Histor. Monasterii S. Laurentii Leodiensis , parag. 54 , dans Martène et Durand 9 t. iv, col. 1093.