DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE
parfois surprenante. Un des premiers soins du cardinal Pierre de Saint -Chrysogone avait été de réformer en France les abus du clergé et les mœurs des chrétiens. Le cardinal Henri , à son tour, comprenant qu'avec un clergé saint il agirait plus efficacement sur les populations trompées du Midi . et que . par l'acceptation que le clergé ferait de La réforme, il enlèverait aux hérétiques tout semblant de raison , continua l'œuvre de son prédécesseur. Le mal était très-grand : 11 s'en plaignait dans une lettre qu'il écrivait avant le concile au pape Alexandre 111. << Dans le pays des Gaules, disait-il. ce qu'il faut déplorer, c'est la perte de toute pudeur et l'abaissement de la foi. On n'y trouve plus la douce simplicité dune pieuse croyance, ni la candeur de la pureté. » Il ajoutait : « 11 n'y a qu'un seul remède contre des maux si funestes : la fidélité exacte à la discipline apostolique et l'ardeur de la charité de la chaire de Rome. Car. si la charité de la chaire de Rome se refroidissait, tout le corps de l'Eglise serait languissant et sans vie. Que Votre Sainteté porte ses yeux sur la tunique de Joseph, que son père lui avait faite sans tache et sans déchirure. Ici elle est à la fois salie et déchirée , salie par le péché de la chair et déchirée par le péché de l'hérésie. Le ver de l'antique passion s'est réveillé dans les cendres de Sodome : Arius est encore
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dans l'Église. Au dehors, c'est la guerre; au dedans , cest la mort Les hérétiques parlent en public contre la foi , et la pudeur m'empêche de dire ce que beaucoup font en secret. Que dis-je en secret? Comme à Gomorrhe, ils affichent leur péché. Comment votre zèle ne s'en indigneraitil pas? Pécheront-ils impunément? Garderez-vous le silence*? Dans plusieurs contrées de ce pays, le péché s'est répandu partout, parmi le peuple et dans lesacerdoce ; bien plus, c'est la contagion des pasteurs qui a donné la peste au troupeau » (1).
C'est avec ces pensées que le légat Henri arriva en France. M. Schmidt ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il venait animé par le seul sentiment de son devoir, « sans ressentiment contre les populations du Midi », auprès desquelles il n'avait pas, l'année précédente, fait tout ce que son zèle désirait. Il n'était conduit que par la pensée de la plus pure charité; seulement, il faut reconnaître loyalement que la situation avait beaucoup changé depuis un an. On se souvient que sous le cardinal Pierre, il y avait eu un mouvement de retour à la foi; mais nous avons vu combien ce mouvement avait été au fond peu sincère. Au départ des missionnaires, beaucoup qui s'étaient dits catho-
(1) Lettre à Alexandre III, dans D. Tissier, BB. PP. Cist., t. m, litt. xi, reproduite par Migne dans sa Patrologie, t. cciv, col. 223.