DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX. i
mère do chevalier Sicard de Durfort, Fabrisse de Mazairol. Ces femmes étaient partout considérées, mais principalement auprès des nobles, qui n'envoyaient plus leurs filles dans les monastères de Tordre de Fontevrault, fondé par Robert <TArbrissel , l'ennemi de l'enseignement Albigeois. Aussi on vit plusieurs religieuses, par dépit ou . pour retenir les filles de nobles qui semblaient leur échapper , partager , même dans leur vie de retraite et de silence, la foi des hérétiques. C'était, en effet, un fait général dans tout le Languedoc, que la foi avait singulièrement faibli dans les âmes les meilleures. On n'avait plus la même horreur pour une hérésie dont on parlait, dans le pays, depuis plus de cent ans ; les fils n'avaient plus même la vigueur de leurs pères , dont les sentiments chrétiens, nous lavons vu, étaient rien moins que robustes. A toutes les causes d'affaiblissement dont nous avons déjà parlé, s'ajoutait maintenant le zèle infatigable des prédicateurs dualistes. L assemblée de Caraman avait donné à chaque église dualiste un chef et, depuis, celui-ci n'était pas resté inactif. Dans toutes les localités où se trouvaient des croyants, des ministres , appelés diacres comme dans l'Église catholique, avaient été envoyés. Guillaume de Sicard était diacre à Saint- Paul, Raymond Ayméric à Villemur, dont le châtelain, Arnauld, était dévoué au comte de Toulouse;
Raymond Mercier à Mirepoix, Isarn Capel à Caraman, Arnauld Hot à Cabaret, Bernard Fresel à Auriac, Peirota de Clermont et Raymond Agulier à Tarascon et au château de Durfort. Théodoric, neveu du chevalier Evrard, d'abord chanoine de Nevers, cessa de chanter au choeur les louanges de Dieu, pour donner le Consolamentum et prêcher contre l'Eglise. Chaque ville, chaque village où résidait un èvêque ou même un simple diacre , était comme un petit centre d'où rayonnaient les prédicateurs des nouvelles doctrines. Le diacre même ne se contentait pas d'êvangéliserle petit troupeau, au milieu duquel il passait sa vie ; il s'en allait encore au loin porter la foi de Manès. Mais, plus qu'aucune autre ville, Toulouse exerçait une grande influence : là on se réunissait de tous les points du Languedoc ; de là partaient les missionnaires qui avaient les missions les plus importantes et les plus lointaines, qui allaient dans les royaumes d'Espagne, d'Aragon, de Léon, de Catalogne. Les hérétiques en étaient si bien arrivés à former une Église à part, à l'encontre de l'Eglise catholique, qu'ils avaient leurs cimetières. Et M. Schmidt, en présence de ces faits, ne peut s'empêcher de s'écrier : « Le danger pour l'Eglise était grand, il réclamait toute la sollicitude du chef du catholicisme. Celui-ci le comprit, et aussitôt il résolut de le conjurer. C'était son devoir