DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE X
quable que cette ville, qui plus tard fut une des forteresses du protestantisme, resta alors étrangère à l'hérésie, quoique de toutes parts elle fût circonvenue par elle.
Enfin, il nomma légat, pour la province narbonnaise, Raynier, déjà chargé de la légation d'Espagne, de Castille et de Portugal (1), « homme d'une vie éprouvée, de mœurs pures, éloquent, fécond en œuvres de bien» (2) . Il lui adjoignit Guy, natif de Montpellier, fondateur de l'Ordre des Hospitaliers, particulièrement cher h Innocent pour sa grande vertu, honoré du nom de bienheureux (3), « craignant Dieu et appliqué aux œuvres de charité » (4).
Les légats furent investis de tous les pouvoirs apostoliques, et le pape écrivit aux archevêques cVAuch, d'Aire, de Narbonne et d'Arles de les accueillir avec faveur ; aux comtes et barons, de les protéger et de les soutenir (5), et parce que Raynier devait d'abord aller en Espagne pour s'acquitter de sa mission, le pape « voulut que les archevêques et les évêques, fussent disposés à
(4) Epist., lib. i, epist. xcn, xcaii. ccxlix, ccccxlix. (c2) Ibid., epist. xcix.
(3) Raynal, ad annum 1198 : Innoc, lib. i, epist. xciv, xcv, xcvii.
(4) Epist., lib. i, epist. xciv.
(5) Ibid., epist. xciv, xcv, clxv.
tirer le glaive spirituel toutes les fois qu'ils en seraient requis par Guy, et que les laïques confisquassent les biens des hérétiques et les chassassent de leurs terres » (1).
Toutefois, la légation de Guy et de Raynier ne produisit qu'un assez mince résultat, soit que les évêques du Languedoc fussent jaloux du pouvoir donné par le pape à de simples prêtres, soit que les comtes et les barons se servissent de ces susceptibilités des évêques pour excuser l'affaiblissement de leur foi, soit peut-être que Raynier, se croyant inférieur à cette difficile mission, négligeât d'agir, dans la pensée de demander au pape à se retirer dans la solitude du cloître, pour se recueillir après les travaux de la légation d'Espagne. Il écrivit, en effet, à Innocent III pour lui faire cette demande ; mais celui-ci lui répondit qu'il devait considérer l'obéissance comme préférable à toutes les victimes, au silence du cloître et à toutes les vertus monastiques (2).
Il semble que ce fut la susceptibilité des prélats du Languedoc qui engagea Raynier à offrir sa démission ; car le pape, en lui déclarant qu'il devait continuer à travailler à la vigne du Seigneur, comme «Marthe», écrivait à l'archevêque d'Arles
(1) Epist., lib. i, epist. clxv.
(2) Jd., lib. il, epist. cxxn; il lui adjoignit maître Pierre de Castelnau, dont il sera question dans la suite de ce récit.