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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X

d' Innocent , si elle avait besoin d être justifiée. Mais revenons à la France, que nous n'avons laissée un moment que pour mieux faire connaître le génie ferme et actif d'Innocent , et pour montrer comment il commença à briser les fils du réseau hérétique qui enveloppait toute l'Europe.

Ce serait une erreur de penser, qu'en France, au commencement du règne d'Innocent III, on fût inactif. En attendant l'heure de la victoire , on travaillait à la hâter, et des prédicateurs comme maître Pierre, maître Robert, maître Eustache, abbé de Flay, et surtout Fulco, dont le zèle était infatigable, faisaient parfois une impression profonde sur l'esprit public (1). Dieu bénit leurs travaux et il se plut à les accompagner de merveilles dont on parla beaucoup et que l'on regarda comme miraculeuses (2). Mais il faut avouer que le Languedoc, dont la vie n'était encore guère mêlée à celle du Nord, resta étranger aux prédications de ces hommes apostoliques.

En même temps, il se tint en France quelques synodes à l'effet de découvrir et de poursuivre les hérétiques. Michel, archevêque de Sens, réunit à

(1) Voir sur les prédications de Fulco : Rogerius , Hist. Angl.; Rigordus, in Phil. Aug.; Jordanus, Ms. Cod.Vat. bibl.; Matt. Paris, Hist. Angl.

(2) Voir les auteurs cités.

la Charité-sur -Loire les évêques d'Auxerre, de Nevers et de Meaux. Les évêques de Narbonne, de Maguelone , de Béziers , se concertèrent à Montpellier. Mais le résultat obtenu par ces synodes ne fut pas de grande importance. Ils eurent du moins cet heureux effet de faire désirer une action plus vigoureuse et plus puissante. On en sentait la nécessité.

Il est vrai que le pape sembla un moment oublier l'hérésie pour ne penser qu'à la croisade. Une lettre adressée à « l'archevêque de Narbonne et à ses suffragants, aux abbés, prieurs et autres supérieurs ecclésiastiques, aux comtes, barons et à tout le peuple de la province narbonnaise », les exhortait à prendre les armes contre les Sarrasins pour reconquérir la Terre-Sainte (1). Dans le même but , il demandait au comte de Toulouse de prendre les armes «contre les païens », pour l'expiation de ses péchés et «des crimes qu'il avait déjà commis» (2).

Mais, en réalité, Innocent III restait toujours très-vivement préoccupé de l'état du Languedoc. L'archevêque d'Auch l'en avait exactement instruit . Il commença par prendre sous sa protection la personne de Guillaume, seigneur de Montpellier , la ville, ses terres et les habitants ; et il est remar-

(1) Epist., lib. i, epist. cccxxxvi.

(2) Epist., lib. i, epist. cccxcvn.

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