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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI

et tranquilles. Le cardinal ne manquait d'aucune de ces qualités ; au besoin, le pape eût su l'exhorter et le persuader : une inébranlable fermeté caractérisait de plus en plus les actes de son règne , traversé de mille obstacles et de mille dangers -

Au mois de novembre de l'année 1200, le cardinal arriva à Montpellier, c'est-à-dire aux portes mêmes de l'hérésie (1). On y préparait une grande fête, une de ces fêtes qu'aiment les populations enthousiastes du Midi : la consécration de l'église Sainte-Croix. On le pria de la présider. 11 se prêta à ces désirs, avec cette grâce aimable et douce qui distingue les italiens ; mais doué d'un grand sens et de ce tact exquis qui caractérise les hommes habiles, il voulut que la cérémonie fût faite par lmbert, archevêque d'Arles ; les évêques Guillaume de Maguelone , Raymond d'Agde , Guillaume de Béziers, Artaud d'Elne, Guillaume d'Uzès rehaussaient de leur présence l'éclat de cette belle journée. Le légat plut beaucoup. Il s'informa auprès des évêques présents de l'état de la province. Chacun comprit que l'œuvre était considérable et difficile , et se plut à penser que le cardinal de Saint-Paul l'accomplirait. Mais le légat, comme le

(4) C'est dans cette ville que, d'après les ordres d'Innocent III , il établit sa résidence. Montpellier fut donc le quartier général des opérations catholiques....

M. Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, vu.

frère Raynier, rencontra cet éternel obstacle , qui empêche tout bien : la division , dont l'esprit du mal se sert toujours pour étendre son empire.

A peine le légat fut- il arrivé dans le pays, que l'évêché de Toulouse devint vacant par la mort de Fulcrand, qui le gouvernait depuis 1179. Dans les circonstances présentes, l'élection de l'évêque de Toulouse avait une importance très-grive, car Toulouse était le centre de l'hérésie. Et, chose singulière , tant la vanité ou la cupidité de l'homme est grande ! c'est à cette heure si solennelle, où l'évêque de Toulouse tenait, pour ainsi dire, entre ses mains le salut de tant d'âmes, où il portait dans les plis dorés de son manteau la paix où la guerre, c'est alors que l'on vit la brigue et l'intrigue vouloir monter subrepticement sur la chaire de Saint-Saturnin. L'élection appartenait alors au chapitre du diocèse vacant. L'ambition s'afficha d'abord avec tant d'audace , que le chapitre dut renoncer à faire une élection. Cependant il devenait urgent de remplir le siège, d'abord pour mettre fin à tous les désirs , ensuite pour rendre la paix à l'Eglise de Toulouse et laisser à chacun le loisir de combattre l'hérésie, enfin pour travaille r à arrêter le progrès toujours croissant des Albigeois , qui avaient trouvé un vaillant apôtre dans Guillabert de Castres, éloquent et passionné; de telle sorte que le cardinal-légat dut con-

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