‹ Les AlbigeoisChapitre 251 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI

centrer son attention sur l'élection de l'êvêque de Toulouse.

Qui eût pu penser, qu'en venant combattre l'hérésie, il n'aurait à s'occuper que de pourvoir un évêché ? Il pressa donc le chapitre de Toulouse , essaya d'apaiser les convoitises, et prépara ainsi l'élection qui se rît un an après. S'entendit-on du moins? Le chapitre se divisa en deux factions : l'une élut Raymond Arnaud, évêque de Comminges dans la métropole d'Auch, auparavant chanoine régulier et prévôt de la cathédrale de Toulouse ; l'autre élut Raymond de Rabastens, archidiacre d'Agen, très-favorable à Raymond VI, qui déjà affirmait son penchant pour les Albigeois. Chacun des deux candidats prétendit être légitimement élu. En voulant l'union et la paix, on n'avait abouti qu'à une misérable querelle. Il n'était question dans toute la province que de cette affaire. Chose singulière pour 1 époque , pour la traiter et la vider, on ne vint au tribunal ni du métropolitain ni du légat; on la porta directement devant le pape qui en fut profondément affligé. Innocent 111 donna à chacun des requérants un cardinal pour auditeur. On intruisit la cause, et on proclama les droits de l'êvêque de Comminges à monter sur le siège de Toulouse. Le pape ordonna à Arnaud, abbé de Grandselve, et à l'abbé de Belle-Perche, de mettre ce prélat en possession de son évêché.

Mais il ne comptait pas avec Rabastens, qui, espérant échanger le camail du simple chanoine contre la crosse et la mitre, n'apprit qu'avec une peine profonde le jugement qui avait été prononcé contre lui. Par quels moyens agit-il ? L'histoire ne nous le dit pas. Plus tard on l'accusa de simonie et ce fut la raison de sa déposition. On peut croire donc que l'argent fut le moyen qu'il employa pour faire encore du trouble, à propos d'une affaire déjà jugée. Raymond VI, dans l'espérance d'avoir en lui un appui, flatta son ambition et lui prêta son secours. Il est certain que l'abbé de Grandselve et l'abbé de Belle - Perche n'exécutèrent pas les ordres du pape , et que l'on procéda à une nouvelle élection. Cette élection fut favorable à Raymond de Rabastens. Il avait réussi dans son intrigue, et son ambition semblait satisfaite ; mais, comme si Dieu se plaisait à humilier son orgueil, l'archevêque de Narbonne, auquel revenait, selon l'usage du temps, le droit de sacre, soit parce que les parties n'avaient pas recouru à son tribunal tout d'abord, soit par amitié pour l'évêque de Comminges, soit parce qu'il désapprouvait la conduite de Rabastens, refusa de lui donner la consécration êpiscopale, en disant qu'il n'était point élu selon les règles canoniques. Rabastens dut donc porter une seconde fois son affaire devant le tribunal de Rome. 11 demanda de nouveau des commissaires pour examiner

Page 1