‹ Les AlbigeoisChapitre 259 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI

des légats à Toulouse. Il nous est difficile de croire que Raymond VI leur prêta une oreille favorable ; car le pape, informé par eux. ne se contenta plus décrire à l'archevêque de Narbonne. En présence des difficultés toujours plus grandes que rencontraient les légats, il se plaignit vivement à tous les évêques de la province de Narbonne . aux abbés et aux prieurs . de l'état des âmes dans le pays, et les supplia d'agir énergiquement et de concert avec ses légats contre les hérétiques. 11 demandait à l'abbé de Vallemagneet à Rodolphe, chanoine de Narbonne. de les accompagner « à la moisson du Christ » 1 . Enfin, il écrivait à l'abbé de Cîteaux d'envoyer à leur secours, s'il en était requis, des religieux capables 2).

Cependant les légats ne tardèrent point à quitter Toulouse. La conduite de l'archevêque de Narbonne les préoccupait très-vivement. Témoins attristés de l'indifférence du clergé et de 1 episcopat, ils en étaient venus à penser queles Albigeois avaient des complices dans l'Eglise même qu'ils voulaient détruire.

Arrivés à Carcassonne, ilsy trouvèrent Pierre 11, roi d'Aragon, qui avait provoqué dans cette ville

(1) Ut accingantur ad laborem cum dictis fratribus in messem dominicain profecturi.

<2) Ut a dictis fratribus requisitus idoneos in adjvr toriurn eormndem mittat. (Potha-t. op. cit.)

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une conférence des hérétiqnes. Ceux-ci y vinrent, en effet au nombre de treize. A leur tête était un de leurs évêques, Bernard de Simorre. Treize catholiques, dirigés par révêque de Carcassonne, devaient prendre part à la discussion. Tous étaient juges. Raoul et Pierre y étaient présents (1). Après la conférence, la doctrine des hérétiques fut condamnée; le roi Pierre se contenta de faire dresser en son nom un acte public, portant cette condamnation (2). Je dis : se contenta, car ce ne fut que Tannée suivante, qu'ayant eu du pape la promesse déposséder le pays conquis sur l'hérésie, il fît une expédition dans F Albigeois et s'empara du château de Lescure. Ainsi l'ambition fit ce que la foi n'avait pu faire ; et c'est làun des principaux traits de nos mœurs au commencement du xme siècle. Les caractères avaient faibli avec l'accroissement de la fortune publique ; par suite, les intérêts étaient la raison suprême de la conduite.

De Carcassonne, les légats se rendirent à Narbonne. Là ils exigèrent que l'archevêque affirmât par serment qu'il était prêt à combattre l'hérésie ; mais l'archevêque refusa : ils le suspendirent. L'archevêque n'en continua pas moins à agir

(1) Hist. de Languedoc, n° 15.

(2) Benoist, Ilist. des Albigeois. Preuves , t. i, p. 259. — Compayré , Études histor. et documents inédits sur V Albigeois, p. 227.— Poème des Albigeois, 4, 5, 45-49.

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