DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XI
Toulouse. L'archevêque, après avoir accordé un seul cheval , refusa de leur prêter autrement son concours. Les légats en ressentirent une peine profonde : jusqu'ici ils n'avaient rencontré que de l'opposition , dans les rangs de ceux qui auraient, dû les soutenir ; ils commencèrent à craindre d'être partout repoussés.
Innocent 111 , en apprenant les événements de Narbonne, fut indigné. 11 écrivit à l'archevêque: « Vous avez refusé secours et faveur à Raoul et à Pierre, moines de Fonfroide, envoyés par le Siège Apostolique pour extirper l'hérésie ; vous n'avez pas voulu leur venir en aide , alors qu'il ne vous convenait point de repousser ceux que par charité et pour remplir les devoirs de votre charge vous auriez dû recevoir, alors même que nous ne les aurions pas envoyés ; vous n'avez pas voulu les accompagner auprès du comte, alors que vous auriez dû, non pas vous faire prier par les légats, mais les prier vous-même d'accepter ce qu'ils vous demandaient. Vous pourvoirez donc à leurs nécessités, vous leur viendrez en aide contre les hérétiques, pour qu'ils puissent mener à bonne fin l'œuvre entreprise ; sinon, vous avez tout à craindre de notre indignation » ( 1 ) .
Cette lettre du pape, pour si bien fondée quelle
(1) Epist., lib. vi, epist. ccxliii.
fût , ne changea point le cœur de l'archevêque. L'esprit d'orgueil et d'indépendance qui régnait alors lui faisait regarder comme une humiliation l'obéissance à deux simples moines d'une abbaye de son diocèse. Et pendant que les légats passaient leur temps et consumaient leurs efforts à faire rentrer dans le devoir ceux qui auraient dû toujours y être , l'hérésie s'affermissait. Elle s'étendait, non-seulement en Languedoc, mais encore en Italie, en Allemagne, en Dalmatie. Le pape , qui était attentif à tout ce qui se passait et qui en était informé par ses divers légats , gémissait en secret ; et ne pouvant s'appuyer sur les bras du roi de France, sans perdre courage il espérait toujours des événements et des hommes. Dans toute cette lutte engagée avec l'hérésie il montra une constance admirable.
C'est au moment où les légats quittèrent Narbonne pour se rendre à Toulouse, qu'ils apprirent avec une nouvelle douleur l'arrivée dans le pays d'un missionnaire dualiste , venu des bords de l'Adriatique, pour encourager et soutenir ses frères dans la foi. C'était une sorte de prélat qui allait de ville en ville , faisait des assemblées , parlait à tous, exhortait les fervents, menaçait les faibles, et entraînait par l'espérance d'une victoire et d'une liberté prochaines, entières, définitives.
On ne connaît pas le résultat du second voyage