DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XII
Le but unique que les légats , selon le principe de la foi catholique et selon les instructions du Saint-Père, devaient poursuivre, était le retour des Albigeois à la vérité mieux connue Pour atteindre ce but, si digne de leurs efforts les plus généreux, plusieurs moyens se présentaient à eux : prêcher les peuples égarés, décider les prélats douteux ou les déposer, détacher Raymond VI de toute amitié ou relation suspecte, ainsi que les principaux seigneurs du pays affiliés à l'hérésie, et dans le cas où les hérétiques persisteraient dans leurs sentiments, demander à ces derniers leur appui ; enfin, si les seigneurs du pays se refusaient à les seconder et même soutenaient les ennemis de l'Eglise, prêcher une croisade contre ces nouveaux Musulmans.
Telles étaient, en effet, les instructions données par Innocent 111, qui se chargea d'exécuter par lui-même une partie de son plan.
Nous parlerons bientôt de la prédication. 11 nous reste à voir le second point : décider les prélats douteux. « Ils dormaient ceux qui auraient dû veiller, et l'antique tentateur introduisit pendant leur sommeil, dans notre malheureuse patrie, des hommes de perdition » (1). Ce n'est pas à dire cependant que les évêques amis de leurs aises ou
(1) Guil. de Puylaurens, Chron. Prolog.
avides d argent , peu zélés ou mal disposés envers les légats, fussent encore bien nombreux. Disons de suite qu'ils ne l'avaient jamais été. Quelques évêques même avaient agi en toute circonstance avec un esprit de devoir que nous nous plaisons à admirer, à huit cents ans de distance. En 1179, Jean de Montlaur, évêque de Maguelone, qui avait pour devise cette belle parole de saint Paul : Labora sicut miles Christi, avait fait condamner par le concile de Latran les Vaudois et les Albigeois. Son successeur, Guillaume-Raymond , s'était donné une peine inouïe pour préserver son diocèse de l'hérésie ; actuellement, Guillaume de Fleix secondait les légats de tout son pouvoir; « il avait déjà bien mérité de la religion et de la patrie » (1). Mais il suffisait que deux ou trois évêques se montrassent faibles ou indifférents pour que le résultat poursuivi par le pape fût compromis. Aussi Innocent III avait-il écrit à ses légats de faire de nouvelles ordinations partout où ils ne trouveraient pas des titulaires dignes de leur charge (2). Déjà l'évêque de
(1) De religione et de republica bene meritus. Guill. de Flexio epitaph. — Ap. Gariel, Ser. prxs. I, 272. Cf. Gai. Christ. , vi , 759. — Cf. M. Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, vu.
(2) Breguigny, Dipl. II, 11, 589.— Migne, II, 472. Frag. in collect. Décret, lib. i, tit. 6. — Raynal, ad an. 1204.