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DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE IX

Béziers avait été suspendu de ses fonctions. L'archevêque de Narbonne s'était peu laissé émouvoir par ce coup qui frappait son suffragant et son voisin. 11 aurait pu prévoir qu'Innocent 111, qui lui avait demandé de renoncer à l'abbaye de Mont- Aragon (Montis Aragonura) s'il voulait garder l'archevêché, et qui, sur son refus, l'en avait privé deux jours après l'envoi des lettres du légat Arnaud (1), était résolu à agir plus énergiquement encore. Le pape, écrivit en effet, à ses légats une lettre où il énumérait les accusations que les évêques de la province faisaient peser sur lui (2). En finissant sa lettre, il demandait aux légats de tout examiner avec le plus grand soin et de déposer Bérenger, et de nommer son successeur si les chanoines , un mois après, n'avaient pas fait une élection (3).

Les légats ne déposèrent pas l'archevêque, mais une seconde fois ils le déclarèrent suspens. Celui-ci , qui n'aurait pas dû ignorer les ménagements qu'ils avaient pour lui, se pourvut par appel devant le Saint-Siège , il réussit à gagner du temps. 11 espérait lasser la fermeté de Pierre de Castelnau. Celui-ci, en effet, comprenant que cette affaire traînerait en longueur et peut-être aussi

(1) Epist., lib. vu, epist. LXXVin.

(2) Voir dans M. Cauvet l'analyse de cette lettre.

(3) Epist., lib. vu. epist. lxxv.

se croyant un obstacle à une issue heureuse , car Bérenger paraissait irrité surtout contre lui , demanda pour la seconde fois au pape d être déchargé de son titre de légat. Innocent fut touché de ce témoignage de vertu ; mais , loin d'accéder à sa demande , il lui déclara qu'il le maintiendrait dans ses fonctions , tant qu'il y aurait des hérétiques dans le Languedoc (1).

Après l'archevêque de Narbonne, l'évêque d'Agde, Raymond II. Des bruits assez sinistres couraient dans tout le pays sur la personne de cet évêque qui, deux années auparavant, avait sur l'ordre du pape déposé l'évêque de Béziers. Ces bruits arrivèrent jusqu'aux oreilles des légats, Arnaud, Pierre etRaoul. Ceux-ci firent un voyage à Agde pour examiner toutes choses, et après leur rapport, le pape écrivait à l'archevêque d'Arles, à l'abbé de Vallemagne Pierre IV, à l'abbé de Saint - Guilhem Pierre Ravmond, d'examiner encore si les reproches formulés contre l'évêque d'Agde étaient fondés et de lui soustraire l'administration du diocèse , dans le cas où il serait reconnu coupable (2) ; et il fut constant qu'Innocent III ne désirait qu'une chose : l'innocence des accusés.

Quant à l'évêque de Toulouse, ce Raymond de

(1) Manrique , ad annum 1295, cap. i.

(2) Migne, Epist., lib. vra, epist. lxxvi.

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Rabastens qui, comme nous l'avons vu, avait tant intrigué pour obtenir la consécration épiscopale, « parce qu'il s'était hâté au commencement de monter sur ce siège par le moyen de la simonie, à lafinil manqua de toute bénédiction » (1).

Le pape écrivit à l'abbé de Cîteaux, à Raoul et à Pierre, auxquels pour la première fois il donnait le titre à! Inquisiteurs du Siège Apostolique , qu'il . avait suffisamment compris la situation de l'êvêque de Toulouse d'après les informations qu'on lui avait données, et qu'il réprouvait son élection (2). Pierre de Castelnau prononça la sentence de sa déposition .

La cause du bien faisait donc tous les jours des progrès; mais, il fautl'avouer, c'étaient des progrès bien lents, et qui avaient demandé les efforts les plus constants, car les obstacles, loin de manquer, s'étaient comme dressés de toutes parts. Les légats déposèrent encore Mascaron , cellerier de l'église de Toulouse, personnage important, quoique placé dans un rang secondaire, en relation avec le comte Raymond VI (3). Et, dès cette heure, chacun

(1) Guill. de Puylaurens, chap. vu.

(2) « ApostolicsB sedis inquisitoribus, se de inquisitione ab Us facta super statu episcopi Tolosani perspicaciter intellexisse , electionemque ejus reprobare. (Act. Sanct. die v martii. )

(3) Migne, lib. vm, ep. cxvi.

s'appliqua à accomplir son devoir avec plus de fidélité.

Innocent III cependant, pendant que les légats agissaient en Languedoc, ne restait pas inactif auprès de Philippe-Auguste, roi des Français. Nous avons déjà vu qu'au mois de décembre de Tannée 1201, il lui avait demandé d'expulser les hérétiques de son territoire et d'obliger Raymond VI à les combattre (1). Mais le roi Philippe avait pris alors le parti de temporiser ; il paraissait au surplus peu disposé à entrer dans les vues du Saint- Père : la guerre qu'il eut avec le roi d'Angleterre lui fournit enfin une excuse nature}le. Le pape comprit, en effet, que, tant que la paix ne serait pas établie entre Philippe et Jean, il n'obtiendrait rien.

Aussi écrivit-il concurremment aux deux rois, les suppliant de faire cesser des hostilités, dans lesquelles le sang de Tinnocent était versé, les églises détruites, les riches appauvris, les pauvres opprimés. Il leur demandait de faire au moins une trêve, pendant laquelle son légat, cardinal du titre de Saint-Marcel, aidé des abbés de Casemare, des Trois -Fontaines et de Dunes, traiteraient cette grave affaire de la paix (2) .

Mais le renvoi par Philippe d'Ingeburge, son épouse, avait occasionné des lettres sévères de la

(1) Theiner, ad an. 1201.

(2) Migne, lib. vi, ep. lxviii.

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