DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XII
part du pape. Celui-ci le blâmait vivement de 1 avoir abandonnée et de lavoir reléguée dans une demeure solitaire, qui était plutôt une prison ; il lui demandait de la traiter avec les égards et les honneurs dus à une reine (1). L'esprit sceptique et railleur du roi en fut offensé. Il continua cette guerre que le pape voulait voir finir. Mais celui-ci ne se découragea pas. 11 écrivit d'une part àl' abbé de Casemare, pour lui demander de prendre connaissance du différend qui s'était élevé entre les deux rois (2), et d'autre part à tous les archevêques et évêques de France, pour les informer de la mission confiée àlabbé de Casemare, et leur dire de recevoir humblement la sentence, de l'observer et de la faire observer (3), et enfin au roi d'Angleterre et au roi de France les lettres les plus pressantes (4). La paix finit par être établie. C'est alors qu'Innocent III supplia Philippe-Auguste de chasser les hérétiques de son royaume (5).
Mais le roi, encore ici, sembla opposé à ses désirs. Les raisons ne lui manquèrent pas pour couvrir son indifférence, et le pape saisit l'occasion de l'arrivée
(1) Migne, lib. vi, ep. clxxxii.
(2) Ibiâ. lib. vu, ep. xliv.
(3) Cf. Migne, lib. VI, ep. clxiv, clxv , clxvi , clxxii ; lib. vu, ep. xlii.
(4) Mig., lib. vi, ep. clxiii, ep. clxvii.
(5) Ibid. lib. vu, ep. clxxxvt.
des légats Raoul et Pierre dans le Languedoc, pour lui demander, de leur venir en aide; car ce ne devait pas être en vain qu'il portait le glaive ; il l'engageait à combattre les hérétiques par luimême ou par son fils ; il exhortait les comtes et les barons à le suivre (1). Deux années s'écoulèrent sans que le roi répondît à cet appel. Le pape prit donc le parti de temporiser : puisque ses négociations n'aboutissaient pas, l'heure de la Providence navait pas encore sonné. Attendre lui parut le parti le meilleur. D'ailleurs, il pouvait être possible de terminer cette affaire du Languedoc sans l'intervention de Philippe- Auguste . Le pape s'arrêta à cette dernière pensée, et il manda au légat Raoul d'appeler dans la province infestée par l'hérésie des missionnaires en grand nombre, qui prêcheraient la conversion et le salut (2) .
Au moment où Raoul reçut cette lettre , il était sous le coup des préoccupations qui ne les quittaient pas, lui et les deux autres légats. Depuis qu'ils étaient venus dans le pays, ils n'avaient rencontré qu'indifférence ou lâcheté auprès d'un clergé qui avait encouru le mépris des peuples. Leurs travaux , leurs fatigues et leurs peines leur paraissaient avoir été inutiles . S'estimant indignes ou incapables ,
(1) Migne, lib. vu, ep. ccxn.
(2) Raynald place cette lettre à l'année 1205. Cf. Migne, lib. ix, ep. clxxxv.