‹ Les AlbigeoisChapitre 295 sur 313 · DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII

plus sévèrement encore, mais plus justement, si , laissant impuni le meurtre de Pierre de Castelnau et donnant à l'hérésie le droit et la liberté de s'éten dre, de se fortifier et bientôt de commander au monde, elle eût abdiqué et reculé de douze cents ans l'œuvre du bien; car le dualisme était le renversement de l'Evangile. Combien naurions-nous pas le droit de nous plaindre , si elle eût laissé faire de chacun de nous un adversaire du Christ, un ennemi de l'institution matrimoniale, et de tout pouvoir politique toujours armé pour sévir, et si elle eût fait de chacun de nous un ami des animaux dont il nous serait défendu de manger la chair, un admirateur respectueux des courges et des navets devenus les sanctuaires sacrés des âmes sorties de ce monde sans le suprême Conso lamen tum !

Songe-t-on à ce que l'on loue en blâmant l'Eglise (1)? La passion, et la passion aveugle,

(1) Nous ne pouvons pas adhérer au sentiment de M. Tamisey de La Roque. « Si, pour la Papauté personnifiée dans Innocent III, dit-il, la guerre contre les Albigeois était une croisade contre les hérétiques, c'était, pour la royauté, représentée par Philippe-Auguste, une expédition contre des provinces indépendantes qui allaient sous son petitfils devenir les plus magnifiques fleurons de la couronne de France. Mais dans ce drame affreux, l'antagonisme des races auxquelles appartenaient l'une et l'autre armée jouait un rôle plus considérable encore que les intérêts

implacable , insensée, peut seule mettre sous la plume d'hommes de talent et de savoir des jugements comme ceux que nous avons cités. La guerre des Albigeois fut une croisade, ainsi que l'ont entendu les contemporains; elle doit donc être jugée au même poids et à la même mesure que les autres croisades. Cependant, on ne se lassera pas d'accuser, et pour cela on se rabattra sur la violence de la guerre. Sans doute, cette

politiques, que les croyances religieuses. Le Languedoc , au commencement du xine siècle, était l'arène où se vidait la vieille querelle du Nord et du Midi. . .» ( Revue des questions historiques, t. I. Un épisode de la guerre des Albigeois). — Ce qui est vrai, c'est que, dans la pensée du pape, cette guerre ne fut qu'une croisade, ainsi que dans la pensée de la plupart des croisés. Si cette armée qui envahira le pays de Languedoc s'était laissée mouvoir par l'esprit de conquête ou par le souvenir des vieilles querelles , comment expliquer son départ de ce pays, quand le temps fixé par le pape pour la croisade sera expiré? Nous ne nions pas que quelques chefs n'aient eu un esprit de vengeance. Mais ils furent isolés. Plus tard , par une conséquence nécessaire, le pays de Languedoc sera conquis. Mais en 1208 cette guerre n'était qu'une croisade. Nous pourrions, au reste, demander à nos contradicteurs d'où leur vient cette pitié pour des contrées qui, frappées de réprobation, « ne produisirent plus guère que des épines, des chardons , des ravisseurs , des brigands , des voleurs, des homicides et des usuriers notoires » (G. de Puylaurens, Chron. Prolog. ), «devenues à la fois un objet de pitié et de répulsion pour tous les gens de bien. » j G. de Puylaurens, Chron., chap. vu. )

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