‹ Les AlbigeoisChapitre 306 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIV

mis à la suite des croisés, remplissant déjà ce ministère de compassion et de charité envers les captifs que Dieu l'appelait à organiser. 11 eut l'occasion de voir saint Dominique, et c'est au spectacle de son dévouement et de sa vertu que sa grande âme se forma à l'immolation et au renoncement. Saint Dominique était la trompette retentissante qui annonçait le royaume de Dieu , ' et saint Pierre Nolasque, la voix du pasteur allant à la brebis obstinée jusqu'au milieu des dangers du champ de bataille. 11 est certain qu'après la bataille de Muret (septembre 1213), ils se rencontrèrent dans le même cachot, auprès du même prisonnier , aimable enfant de sept ans , fils de Pierre II d'Aragon, et portant en lui tout un royaume , depuis la mort de son père imprudent. Simon de Mont fort tenait entre ses mains, avec les destinées de cet enfant , les destinées du royaume d'Aragon. Rien de plus facile, après sa célèbre victoire de Muret , que de se faire proclamer roi d'Aragon , ou tout au moins seigneur de la ville de Montpellier, alors vassale de la maison d'Aragon ; mais cet homme , qu'on a représenté animé par la plus farouche ambition, n'en fit rien. C'eût été une spoliation , et dès-lors un crime , le crime commis quelques jours auparavant par Pierre 11 ; car gardons-nous de croire que le roi d'Aragon eût attaqué l'armée catholique à Muret

par attachement à l'hérésie , par amitié pour Raymond VI ou par amour pour cette belle dame à laquelle il écrivait ce billet plein de vanité, conservé par les auteurs du temps et que nous avons rapporté; Pierre II, victorieux à Muret, aurait ajouté à la couronne Toulouse , Carcassonne, Béziers, Foix , Pamiers. Ce projet aurait peut-être souri à bien d'autres qu'à Pierre II ; mais Dieu l'avait arrêté, et Montfort, qui avait eu le pressentiment de ses desseins, voyait maintenant dans sa mort une vengeance du droit et de l'honneur. 11 eut d'autant moins de peine à être favorable au jeune roi, que son cœur, naturellement généreux, Fy inclinait vivement. Il demanda donc à nos deux saints de lui porter les secours de la religion. 11 voulut même que saint Pierre Nolasque se fixât auprès de lui, le formât à la vertu, l'instruisit dans les lettres et les sciences humaines et le rendît ainsi digne de succéder à un roi d'un vaillant courage et d'un noble cœur : belle vengeance du vainqueur qui l'honore plus que les brillantes victoires, et qui annonce, au milieu des horreurs de la guerre, l'aurore des plus beaux jours.

La célèbre victoire de Muret fut regardée comme la fin de cette croisade entreprise contre les ennemis du dedans: nous l'étudierons plus tard. Le moment semblait donc venu de con-

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