‹ Les AlbigeoisChapitre 38 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II

ouvrages, dont le premier comptait sept livres, le second vingt-trois et le dernier cent deux chapitres (1).

La formule grecque de l'abjuration manichénne parle d'un certain Théocrite et de sa Thêosophie. C'était un ouvrage d'apologétique, dont le but était de montrer qu'il n'y avait rien d'étrange dans le Manichéisme, puisque toutes les religions reposaient sur le même fondement et ne différaient que par les cérémonies. Partout, disait-il, un Dieu suprême et des dieux subalternes, connus sous le nom dHEons ou d'anges ; partout des temples, des sacrifices, des prières; partout des démons et un chef des démons. 11 soutenait avec Fauste (2), qu'au fond, le Christianisme n'était qu'un paganisme altéré, qu'il n'était qu'une branche de ce mauvais arbre. Seul, le Manichéisme pouvait se présenter pur de tout alliage et de toute compromission.

Ce sera la prétention des Albigeois.

Les Manichéens avaient encore à leur service un grand nombre d'autres écrits, comme l'assure saint Augustin (3) ; et cela nous montre combien ils étaient actifs et résolus. Cette activité et cette résolution, ils les légueront à leurs descendants,

(1) Petr. Sicul. — Photius, cod. 79.

(2) Aug., cont. Faust,, lib. xx.

(3) Cont. Faust., lib. xnt.

les Albigeois, qui, à leur tour, nous feront comprendre combien il est vrai que, si les enfants de lumière faisaient pour le bien les mêmes efforts que les enfants de ténèbres pour le mal , le règne du Christ non -seulement n'aurait jamais paru faiblir , mais au contraire aurait toujours grandi.

Le lecteur estimera peut-être que nous nous sommes trop longuement étendu sur ce que nous avons appelé les Fondements de la doctrine manichéenne. Mais il remarquera que nous ne l'avons fait que pour faciliter pl^ tard l'intelligence de telles expressions, de telles doctrines, de telles prétentions que nous trouverons chez les Albigeois. Rien, à notre avis, n'induit plus facilement en erreur qu'une histoire incomplète. Raconter les origines des Albigeois sans remonter à la source première, nous a paru une voie périlleuse. Nous ne le dirons jamais trop, la doctrine des Albigeois ne surgit pas au xne siècle, tout-à-coup, spontanément, sans antécédents, sans que rien l'eût préalablement préparée. Dordinaire, les choses n'en vont pas ainsi : ce n'est pas le moindre des enseignements de l'histoire. L'homme n'improvise rien : tout commence, grandit et finit ; les peuples, les institutions, les doctrines sont soumis à cette caducité des choses terrestres. Dieu seul ne finit pas, parce qu'il n'a pas commencé.

Page 1