PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE m
les fidèles, et les élus, les parfaits, qui s appelaient de ce nom parc*1 qu'ils faisaient profession de pratiquer à la lettre les conseils de Manès. C'est parmi les élus que les évêques et les diacres étaient choisis ; car la secte avait adopté la hiérarchie de l'Église. Les élus pratiquaient la continence . étaient soumis à deux jeûnes, l'un hebdomadaire, l'autre annuel ; ils ne mangeaient ni lait ni viande, ils ne vivaient que de légumes, de riz, de champignons, d'herbages, principalement de poireaux, de laitues et. de chicorées, qu'ils assaisonnaient de poivre et d'huile d'olive, riche, disaient-ils, en parties de la substance céleste. Ils se nourrissaient surtout de raisins, de pommes, de poires, de figues, principalement de melons, qu'ils croyaient remplis des parties de la divinité. Ils n'usaient pas de vin, à l'exemple des Encratites. qui prétendaient que la vigne était née du commerce impur du démon et de la terre.
Ces hommes si austères, d'une morale si rigide en apparence, pratiquaient cependant une doctrine plus que large sur le mensonge. Ils disaient qu'il leur était permis de nier, de dissimuler leur foi, de la renoncer de bouche, pourvu que le cœur lui restât toujours attaché. « Je ne suis pas si impitoyable que Jésus-Christ, qui a déclaré qu'il renoncerait devant son Père tous ceux qui l'auraient renoncé devant les hommes. Pour moi, si quel-
qu'un de mes disciples me renonce devant les hommes, afin de sauver sa vie, non-seulement je le reconnaîtrai avec joie pour un de mes disciples, mais je lui aurai obligation de ce mensonge, parce que c'est un moyen de conserver ma doctrine» (1). Telle était la parole de Manès. Les premiers de ses disciples , les Priscillianistes , avaient donc cette maxime : Jura, perjura, secretum prodere noli.
La doctrine de Manès , que nous venons de résumer , ne paraissait pas destinée à survivre à son auteur. Mais pour apprécier ce qui est possible, il faut toujours faire grand fond sur l'aberration et la vanité de l'homme. Manès flatta toutes les sectes, prit dans tous les livres, fit appel à tous les hommes, même aux chrétiens. Selon le Prœdestinatus (2) , n'avait-il pas douze disciples comme Jésus, auxquels il ajouta soixante-douze êvêques et des diacres?
Avant de finir ce chapitre, citons, ne serait-ce que pour mémoire, quelques-unes des maximes que l'auteur des Actes attribue à Manès :
— Celui qui moissonne sera moissonné.
(1) Photius , adv. Manich., lib. i, 8.
(2) Voir la Prœfalio arabica concilii Nicœni, qui résume le Manichéisme.