PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I
tote, jusqu'à Pythagore (vie siècle av. J.-C), pour trouver chez les philosophes les premières annonces des doctrines dualistes que Basilide, Bardesane, Marcion et Scythien enseignèrent au second siècle de 1ère chrétienne. Porphyre, en effet, dit que « Pythagore concevait deux puissances opposées : l'une Bonne , qu'il appelait Y Unité , la Lumière, la Droite, YEgal , le Stable; l'autre Mauvaise, qu'il nommait le Binaire , les Ténèbres , le Gauche, Y Inégal, Y Instable , Y Agité » (1).
11 paraît bien certain que le philosophe de Crotone n'avait pas pris à la Grèce ces principes dualistes. Mnésarque , son père, lavait mené à Tyr dans sa première enfance. Les Chaldéens y avaient vraisemblablement une école. L'enfant qui manifestait déjà ses goûts pour les études philosophiques, fut recommandé à ses nouveaux maîtres (2). Au vie siècle avant Jésus-Christ, comme encore aujourd'hui, les Orientaux se plaisaient à discuter et à s'entretenir de spéculations philosophiques. Pythagore entendit souvent ces hommes venus de la Chaldée à Tyr. Aussi conçut-il le dessein de faire un voyage jusqu'aux rives célèbres de l'Euphrate et du Tigre, où l'on enseignait, disait-on, la plus sublime philosophie. C'était comme
(1) De vit. Pythag. — Cf. Plutarq. Isis et Osiris.
(2) Porphyr. Vit. Pythag.
le complément de ses voyages antérieurs en Judée, en Egypte et en Arabie. Il resta, en effet, douze ans à Babylone (1). Son maître, Zabratus, l'instruisit « de la nature et des principes de toutes choses ». Certains auteurs, parmi lesquels il faut compter Hyde, ont cru que Zabratus n'était que Zoroastre lui-même (2). La date de la mort de Pythagore, qui nous est donnée par Eusèbe (3), et la date de Tannée où fleurissait Zoroastre (4), nous permettent de penser que Pythagore et Zoroastre, étant contemporains, purent se voir. Quoi qu'il en soit de cette question peu importante ici , Pythagore trouva les principes dualistes profondément enracinés dans la terre d'Orient. Zoroastre admettait à la vérité un seul être suprême: mais par je ne sais quelle conception, il imaginait audessus de cet être suprême deux autres êtres, l'un auteur du bien, l'autre auteur du mal (5). Il est certain, d'ailleurs, que les mages professaient des doctrines ouvertement dualistes. On peut donc
(1) Voir une vie anonyme de Pythagore, publiée par Luc Holstenius.
(2) Plutarque (De procr. anim.) appelle Zabratus du nom de Zaratas , et Théodoret , Zaradas.
(3) La 3e année de la 70e olympiade (476 av. J.-G.) Chroni.
(4) Sous Carnbyse, qui succéda à Cyrus, la 4e année de la 62e olympiade. Abulpharage.
(5) LeHir, Étud. bibl , tom. H, pp. 201, 204.