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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE i

de ne pas nous étonner que le mal existe : il ne vient pas de Dieu ; la doctrine de l'épreuve de l'homme par le gouvernement périlleux de sa liberté, nous fait déjà entrevoir la raison pour laquelle Dieu tolère le mal ; la certitude de la récompense céleste assurée, au centuple de ses mérites, à celui qui accomplit le bien, exalte la bonté, la puissance et la miséricorde de Dieu (1).

Les Manichéens au 111e siècle, les Albigeois au xiie, ont tenté de répondre en dehors des données chrétiennes ; mais , qu'est-il arrivé '? Leur réponse a été plus effrayante que la question elle-même. La question laisse une ombre devant l'esprit ; leur réponse contenait les plus affreuses conséquences,

(4j Origène et saint Augustin cependant, même après les lumières du christianisme , estimaient que la terrible question est encore enveloppée d'obscurités. « Entre toutes les questions que les hommes agitent, disait Origène (cont. Cels. , lib. iv. Cf. Jungmann , de Deo creatore, pars n , cap. n, art. 3. Ratisb , 1875) , il n'y en a point qui mérite autant nos recherches et qui soit plus difficile à décider que celle de l'origine du mal. Saint Augustin, cet admirable génie . s'écriait de même : « Rien de plus obscur , rien de plus difficile à expliquer que cette question : Gomment , Dieu étant si puissant , il peut exister tant de maux dans le monde, sans qu'il en soit l'auteur? » (De Ordine, lib. n.) — Voir sur la question du mal , saint Augustin , le De Ordine tout entier , et le chap. 7 du vne liv. des Confessions, intitulé : Misère torquetur inquirens unde sit malum .

soit pour l'individu, soit pour la société civile, soit pour la société religieuse. Partis des mêmes principes, ils sont arrivés à la même dissolution.

Avant d'aborder directement l'Albigéisme, qui a été. comme nous le verrons, la dernière forme de la doctrine manichéenne, il sera bon de dire en peu de mots ce qu'ont pensé de la question qui nous occupe les hérétiques des deux premiers siècles, que nous devons considérer, ainsi que Manès, comme les premiers ancêtres des Albigeois.

La question de l'origine du mal ne se formula pas seule dans l'esprit des anciens ; elle fut presque toujours suivie d'une autre question, fort obscure en dehors du récit de la Création (Gen., I.), celle de l'origine de la matière. Souvent même ces deux questions se confondirent. Aristote et Platon avaient d'abord enseigné que le mal vient de la matière, dont l'imperfection éternelle ne peut nullement être corrigée (1). Mais Archélaus (2), évêque de Cascar en Mésopotamie (3), assure qu'il faut remonter plus haut que Platon et Aris-

(1) Pour étudier plus»au long la pensée des philosophes anciens sur l'origine du mal et de la matière, l'ouvrage de Wolff, Manichœismus ante Manichœos, serait un guide utile.

(2) Actes de la dispute. « Hic ergo Scythianus dualitatem istam introduxit, quod ipse à Pythagora suscepit. »

(3) Caschara, ka*apa, Mesopotamia? urbs. Abrah. Ortelii, Thésaurus geograph.

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