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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV

Mais ce ne fut pas assez de défendre la vérité sur le terrain de la discussion théologique. Plusieurs évêques, usant d'un droit incontestable, excommunièrent les hommes de cette secte, qui avaient l'audace de se dire chrétiens , et qui , sous un nom qu'ils usurpaient et qui était, de tout point , le nom même de l'honneur et de la vertu , acquéraient une confiance imméritée et s'introduisaient subrepticement dans la famille sacrée du Christ. Les Papes, qui, ayant la sollicitude de tout le troupeau , doivent prendre des mesures plus étendues , agirent à leur tour avec plus de vigueur.

En 397, saint Ànastase, qui occupait le trône pontifical, porta des décrets sévères contre les 'Manichéens, qu'il trouva nombreux à Rome. 11 défendit, entre autres choses, aux chrétiens de recevoir ceux qui refusaient de revenir à de meilleurs sentiments (1). Quarante-cinq ans plus tard, en 443, saint Léon le Grand écrivait à tous les évêques d'Italie une lettre qui a pour nous une grande importance, puisque, d'une part, elle constate les mesures prises par le zèle infatigable des Papes, et que, d'autre part, elle nous montre les Manichéens , fidèles sans doute aux conseils de Manès, fuyant devant les lois des Empereurs et

(1) Collect. Concil., Hygin., tom. I, col. 973.

les excommunications de l'Eglise (1). Pendant ce siècle, on ne croit entendre que ce cri pacifique de combat , jeté à toute la terre par le premier des Léon : « Que devant de tels ennemis le monde entier et toute l'Église prennent les armes de la foi (1). » Plus tard cependant le pape Hormisdas découvrit encore à Rome un grand nombre de Manichéens ; il les condamna à l'exil et fit brûler leurs livres devant la porte de la Basilique Constantienne (2). Les deux pouvoirs ecclésiastique et civil furent ainsi longtemps unis dans la même lutte : on vit alors avec un éclat incomparable que la cause de la religion est sans contredit la cause de la société.

Théodose II marcha sur les traces de Valentinien, de Maxime, deThéodose le Grand, dont les décrets

(1) « Plurimos impietatis Manichaeae sequaces et doctores in urbe investigatio nostra reperit, vigilantia divulgavit , auctoritas et censura coercuit, quos potuimus emendare, correximus, et ut damnarent Manichaeum cum praedicationibus et disciplinis suis publica in Ecclesia professione , et manus suae subscriptione compulimus. Et quia aliquantos de his cognovimus aufugisse , hanc epistolam misimus , ut elïecta certior Sanctitas vestra sollicitius agere dignetur et cautius , necubi Manichaei perversitatis homines plèbes vestras facultatem lsedendi et hujus sacrilegii possint inveniri doctores. »

(2) Serm. VIII.

(3) Sum. Concil. Bail , tom. u , p. 775. — Baronius , tom. ix, p. 304. éd. Theiner.

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avaient plus vivement émules Manichéens que les excommunications de l'Eglise. En 425, il écrivit à Armatius, préfet du prétoire des Gaules, que les Manichéens et autres hérétiques devaient, être exterminés; et en 452. Valentinien III voulut qu'ils fussent sans pitié chassés de Rome.

C'est sous cette double action de l'Empire et de l'Église que les Manichéens, depuis la fin du m6 siècle jusqu'au v% furent contraints de s'expatrier sans cesse. Obligés de quitter Constantinople, les uns passèrent dans les régions qui sont au-delà du Danube, au nord de la mer Noire ; les autres s enfuirent en Italie. Mais, nous lavons dit, l'Italie ne se montra pas moins inhospitalière. Bientôt ils durent songer à quitter les pays où le grand Augustin avait partagé leurs principes, et où ils avaient cru trouver une bienveillante hospitalité ; la Gaule elle-même, naguère si ouverte à TArianisme (1), leur ferma ses portes. Les Manichéens d'Occident allèrent donc demander aux rives bar baresdu Danube une hospitalité queleur refusaient les rives civilisées du Tibre, du Pô et du Rhône ; et c'est ainsi que les régions arrosées par le bas Danube devinrent comme leur refuge naturel : là le Manichéisme d'abord arriva et s'établit en

(4) Voir notre opuscule: L'Église des Gaules et le Conciliabule de Béziers. Oudin, Poitiers , 1875.

secret ; il vécut sourdement ensuite ; enfin, dans les siècles suivants, il éclatera dans le triple mouvement anti-chrétien représenté par le Paulinisme, le Bogomilisme et l'Albigéisme.

Quels étaient ionc les événements qui se produisaient sur les bords du Danube, à l'époque où nous sommes? C'est ce qu'il importe d'étudier.

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