PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V
leurs (1) ont essayé de changer dans ce poème Trojan en Bojan\ car c'est bien de l'empereur Trajan qu'il sagit , puisque cette légende, parlant de la muraille bien connue de Trojan dans le gouvernement deKyjev,fait remonter Trojan à l'antiquité la plus reculée. On sait, au reste, que les Russses rattachent à ce mur toute sorte de récits relatifs à Trojan. Les habitants de la Bulgarie chantent encore aujourd'hui le « Car Trojan », le maître des trésors inépuisables, pour lequel jaillissent de soixante-dix sources d'eau vive de l'or bouillant et de l'argent pur. Sous le Balcan s'élève une ville trojane et au-dessus de la Topolnika se dresse encore , aux yeux du voyageur , le pont de Trojan. Non loin de là sont des ruines appelées par les habitants : « Trojanov grad » , et le défilé dont le nom , « Trojanova Vrata », atteste combien le souvenir de Trajan resta vivant dans le pays. Encore aujourd'hui le nom de Trajan est très-usité parmi les Bulgares. Mais nulle part plus que dans la contrée de la Porte de fery sur le Danube, là où étaient le pont et la route de Trajan, le nom de l'empereur romain n'a laissé des traces plus profondes.
Les mêmes faits se présentent dans la Serbie. Dans une forêt située près de Sabac s'élèvent en-
(1) TichonravovetErben. Cf. Jirecek, op. cit., capit. m.
core, comme un magnifique souvenir du passé , les ruines d'un « Trojanov grad ». Les nombreuses légendes des Serbes parlent de même sans cesse du vainqueur de Dekebal.
Ce n'est pas tout encore. Le nom du jour de fête appelée Koleda, fête toute païenne et célébrée par les plus anciens Slaves, ne se trouve pas, selon l'expression de Jirecek, « dans le trésor de la langue slave. » C'est un mot qui lui est étranger. Il ne peut donc prendre son origine que du latin « Calendœ. » Une remarque que nous ne pouvons pas manquer de faire, c'est que ce mot se trouve presque chez tous les peuples slaves. 11 est toujours facilement reconnaissable. Le lecteur en jugera par lui-même. Dans le vieux slave c'est Koleda, dans le bulgare, Koleda, dans le Serbe, Kolenda, dans le russe, Koljada, dans le polonais, Koleda, dans le bohème, Koleda (1). Le nom et la fête restèrent longtemps, puisque, en 691 , le concile in Trullo défendit aux chrétiens de célébrer, non-seulement les jours de fêtes romaines, les Vota et les Brumalia,, mais encore
les Koik<xv$<xq.
L'emprunt de ce mot fait donc supposer, avec raison, un rapprochement avec les Romains vers une époque où les émigrations du côté de l'est et
(1) M. Jirecek , op. cit., capit. m.